Trans en Provence au fil de la Nartuby

Bienvenue à Trans en Provence

J'ai mis en place ce blog sur Trans en Provence pour parler de mon village, de son histoire, de ses habitants, de son passé tout simplement... pour qu'il en soit un petit peu la mémoire. Je ne suis pas historienne, ni spécialiste en quoi que ce soit, mais je suis curieuse de tout. Mes recherches généalogiques m'ont conduite à m'intéresser à l'histoire, la grande et la petite.  

Mon autre blog :  Passion Provence 

http://www.passionprovence.org

Posté par Nadine de Trans à 23:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]


23 juin 2020

Une curiosité : le puits aérien ?

 

Puits-aérien1

 Le puits aérien (carte postale - collection personnelle de Nadine)   

       Avez-vous déjà entendu parler du puits aérien de Trans en Provence ? Le constructeur de cet ouvrage, un ingénieur belge, Monsieur Achille Knapen est venu à Trans vers la fin de sa vie professionnelle. Né à Mons en Belgique le 29 septembre 1860, il s'est éteint à Trans le 26 juillet 1941. Il est enterré dans le cimetière de la commune (au vieux cimetière, la tombe est contre le mur de la chapelle). Lauréat de la Société des Ingénieurs civils de France, Chevalier de la légion d'Honneur, Achille Knapen est connu dans notre village pour avoir bâti une construction unique en Europe : le puits aérien. Il a fallu un an et demi pour construire ce puits dont la vocation était la récupération de l'humidité atmosphérique pour fournir de l'eau potable aux contrées dépourvues de sources naturelles. C'est lors d'un "Congrès de l'eau" tenu à Alger, en janvier 1928, qu'Achille Knapen, avait fait mention pour la première fois de son projet. Ce congrès avait fait ressortir l'importance du problème de l'eau en signalant les pertes immenses que la pénurie occasionnait périodiquement pendant les années sèches aux cheptels et aux populations. A l'issue de ce congrès, les membres avaient donné leur feu vert à l'idée de Monsieur Knapen. Un site algérien sur les hauts plateaux près de Chelala avait même été envisagé pour mettre cette idée à exécution. La configuration des lieux avait été jugée intéressante par rapport à la topographie. L'idée fit quelques temps son chemin mais il semble que des considérations autres que techniques ont entravé ce projet et n'ont pas permis de le mener à son terme. Monsieur Kanpen qui était d'un caractère obstiné, ne se laissa pas abattre pour autant.

Puits-aérien2

Carte postale des années 60 - collection personnelle de Nadine

Il lui fallait absolument trouver un lieu pouvant se rapprocher climatiquement des pays chauds et il le trouva à Trans. Les travaux de mise en état furent terminés fin mai 1930. Le 14 juillet, la construction de la masse centrale, en béton de grenailles, de porphyre et de mortier de ciment était achevée, contenant le puits d'un mètre de diamètre ménagé au niveau du sol jusqu'à 9 mètres de hauteur. Le 14 juillet 1931, la calotte massive de 4 mètres d'épaisseur recouvrant les voûtes et les entrées d'air supérieures, était achevée à son tour. 

Puits aérien 1

Puits aérien 2

Puits aérien 3

Puits aérien 4

 

Puits aérien-intérieur

 Les ardoises les plus hautes sont encore en place, les autres ont été cassées par des vandales (Photos Monumentum site internet)

Quelques jours après, on fichait 3000 ardoises obliques et de champ sur les parois de la masse centrale revêtue d'un enduit au mortier maigre de 30 millimètres d'épaisseur.
    Dans le haut, un tuyau métallique traverse l'enveloppe de béton pour déboucher à l'extérieur et la dépasser de 50 centimètres afin de demeurer par son orifice supérieur, en contact permanent avec l'air libre.
    Les travaux de construction du puits aérien ont bénéficié de la présence à Trans de nombreux immigrés italiens qui, pour une bonne partie d'entre eux, ont quitté leur pays entre 1922 et 1923. Ces italiens avaient une réputation de bâtisseurs. Ils étaient pour la plupart des salariés des établissements Fournial. Dans la liste de ces participants à cette construction on trouve les noms de Chiambrino père et fils, Minazzo, Garro, Ferrero, Gerbino, etc...
    Précision : le dôme extérieur est constitué de pierres calcaires assemblées par du ciment gris. Ces pierres sont abondantes sur le terroir de Trans notamment au quartier de "Terre blanche". C'est là que des carrières situées à environ deux kilomètres du puits ont été ouvertes. Le transport était assuré par la famille Gerbino qui disposait de plusieurs chevaux de trait ainsi que du matériel de transport, les fameux "tombereaux", qui sont des sortes de charrettes basculantes destinées à transporter des matériaux en vrac et dont les côtés sont pleins et en forme d'auge. La capacité de ceux-ci, 2 mètres cube, était importante pour l'époque. Il était nécessaire d'atteler deux forts chevaux ensemble car les chemins étaient sinueux et en plus mauvais état qu'aujourd'hui. De plus, le poids des attelages formait en permanence des ornières, ce qui était encore plus difficile... Une fois transportées sur place, les roches étaient entassées non loin de là. L'un des équipiers de ces "muratori" (maçons en italien) surnommé "Baffi" (moustaches) passait ses journées à façonner les belles pierres, celles qui resteraient apparentes. Elles étaient ensuite amenées sur place parmi les éclats de la taille et servaient de remplissage de l'épaisseur des murs qui atteignait deux mètres cinquante.
 

Puits-aérien-et-villa-Knappen

 Le puits aérien et la villa Knapen

Hélas, le puits aérien de Trans ne tint pas ses promesses. En cherchant un climat approchant de l'Afrique, Monsieur Knapen avait songé à des températures variant la nuit de 4° en dessous de zéro à 11°. Il était loin du compte à Trans où pendant les mois d'été, les différences ne sont que de quelques dégrés. Il ne récolta donc que la valeur d'un seau dans les meilleures nuits. Le projet extrêmement valable pour la terre africaine ne connut aucune suite et c'est dommage car aujourd'hui la sècheresse y pose d'angoissants problèmes.

Puits-aérien-coupe

     Coupe schématique du puits aérien (document brochure du Syndicat d'Initiative de Trans en Provence).

    (1) le haut de la cloche avec le tuyau métallique qui prend l'air à l'extérieur
    (2) Cinq rangées d'ouvertures supérieures
    (3) Deux rangées d'ouvertures inférieures
    (4) Assise de l'ouvrage et citerne de stockage de l'eau

Sources : D'après le panneau explicatif de l'Office de tourisme situé près du puits aérien et le livre de Max Lambert (un transian) - Le puits aérien de Trans en Provence aux Editions Campanile 2002.

Je vous signale que j'ai mis en place un album-photos sur le puits aérien sur la colonne du blog.

Puits aérien-Vue aérienne

Si vous passez par Trans, n'oubliez pas d'aller voir le puits aérien. Pour en savoir plus, je vous conseille ce lien :   

http://www.histoire-eau-hyeres.fr/612-puits_aerien.html

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

16 juin 2020

Les inondations des 15 et 16 juin 2010 à Trans-en-Provence

Je reproduits ici le texte et les photos de notre journal "L'écho de Trans" édité par la Mairie. Il s'agit de l'édition spéciale, hors série intitulée : "Spécial inondations des 15 et 16 juin 2010". Je vais mettre à la suite, les liens des articles (13 en totalité) que j'avais fait paraître à l'époque dans mon ancien blog. Vous pourrez y lire la relation des évènements (mon propre témoignage), de très nombreuses photos et des vidéos. Je ne mettrai que ce qui concerne Trans, car des témoins, deux de mes amis m'avaient également apporté leurs témoignages sur Draguignan, Les Arcs-sur-Argens et Taradeau. Si vous voulez les lire aussi, il vous suffira de faire défiler les flèches à la fin de chacun de mes articles pour lire le suivant.

********************

Le 15 juin 2010... une date historique pour notre commune... une date qui marquera à jamais les coeurs des transians et qui transformera définitivement le paysage... Jamais nous n'aurions pu imaginer la tragédie qui allait se passer... Une alerte orange pour notre département, de la pluie... faits plutôt banals ces derniers temps ! Mais ce sont des pluies torrentielles et incessantes qui se sont abattues sur le village... dès la mi-journée.

Chronologie des évènements

Il est 17h30, la pluie est déjà tombée une bonne partie de la journée mais, se déchaînant toujours plus, heure après heure, elle finit par inonder complétement le parking de Gemo, bientôt rejoint par toute la zone commerciale de Carrefour... et dans le village, les habitants découvrent une Nartuby enragée qui monte dangereusement vite...

18h00... elle commence à sortir de son lit... 19h00... cela fait un moment que le jeu de boules a complètement disparu, on ne distingue plus la moindre cascade, juste une vaste étendue d'eau tumultueuse qui atteint déjà le niveau de la route... Et les quelques imprudents qui se baladent encore près de la médiathèque ne se doutent pas que la Nartuby s'apprête à dévaler le pont et surtout que dans les minutes qui vont suivre, la petite place à côté d'eux où prônait un bel et jeune olivier va s'effondrer littéralement...

Pont Bertrand

Le pont Bertrand submergé par la Nartuby en furie

20h00... l'avenue de Beaulieu n'existe déjà plus, disparue sous 1m20 d'eau boueuse emportant tout sur son passage... et contraignant enfants, animateurs, parents et voisins effrayés, à dormir dans le centre de Loisirs, heureusement situé en hauteur, d'où ils ont assisté, impuissants, à un spectacle terrible... 

"on n'avait plus de téléphone, plus d'électricité, on a vu l'eau monter à une vitesse folle, les voitures garées ont été emportées les unes après les autres... (...) Quand le portail de la maternelle à cédé on a vu une vague déferler à toute vitesse... (...) Et on a passé la nuit à faire des signaux à la lampe torche aux voisins restés chez eux pour s'assurer que tout allait bien... (...) Ce fut la nuit la plus longue de notre vie".

Ailleurs dans le village, des lieux d'accueil ont également été improvisés, notamment à la salle Béraud et au Club des Jeunes, avec lits, couvertures, boissons chaudes et soutien moral...

Tout au long de la soirée et de la nuit, des hélicoptères ont survolé notre commune afin de porter secours à toute personne en difficulté... Certaines, réfugiées à la hâte sur des toits, ont ainsi pu être rapidement évacuées par hélitreuillage...

Dégâts

Au petit matin, les eaux se sont peu à peu retirées, abandonnant toutes sortes de débris à tous les soins de rue et laissant apparaître l'étendue des dégâts, plus importants les uns que les autres : arbres déracinés ou menaçants, routes détruites, cimetières profanés, habitations endommagées... De nombreuses personnes ont été portées disparues, et plusieurs victimes ont été retrouvées... Au-delà du matériel, c'est une souffrance psychologique qui se fait ressentir, face à cette catastrophe dont notre commune n'avait pas revécu l'ampleur depuis presque 200 ans, le 6 juillet 1827.

Village méconnaissable

Village méconnaissable1

Nartuby

Solidarité

Je mets ci-dessous, les liens afin que vous puissiez aller lire les articles sur Trans dans mon ancien blog :

L'inondation de Trans en Provence le 15 juin 2010 - Nadine de Trans en Provence

Sachez tout d'abord que je vais essayer de ne pas écrire de bêtises et de décrire ce que j'ai vu. Quand on nous parle d'une catastrophe survenue ici ou là dans le monde, on se dit que chez nous, cela ne peut pas arriver... et pourtant ! En Vendée, il...

http://transenprovence.over-blog.com
Nouvelles photos et vidéos du jour de la catastrophe - Nadine de Trans en Provence

Bonjour, Hélène, une transiane, m'a envoyé de nouvelles photos du soir de la catastrophe. Ce devait être entre 18 et 19 heures. Par la suite, l'eau est encore montée, a débordé sur la route et dans le village. Hélène a pris les quatre premières photo...

http://transenprovence.over-blog.com
A Trans en Provence, même les morts ne reposent pas en paix ! - Nadine de Trans en Provence

Je vous donne une précision pour commencer : à Trans, nous avons deux cimetières, le vieux et le nouveau. Je vous dis cela car des lectrices m'ont écrit pour savoir si leur tombe de famille avait été endommagée. Autre précision que je rajoute aujourd'hui...

http://transenprovence.over-blog.com
Constatation des dégats le lendemain - Nadine de Trans en Provence

Le lendemain, mercredi 16 juin, après le vieux cimetière je me suis rendue dans le village. Quel spectacle de désolation ! C'est incroyable, il faut le vivre et le voir pour y croire ! Dans la rue du Bachas, qui mène au cimetière, le goudron est explosé...

http://transenprovence.over-blog.com
Constatation des dégats le lendemain (suite 1) - Nadine de Trans en Provence

A cet endroit s'élevait un cèdre majestueux qui avaient connu de nombreuses crues, nous à Trans, on dit de nombreux débords et dont la enième l'a emporté... S'inscrire à la newsletter Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

http://transenprovence.over-blog.com
Constatation des dégats le lendemain (Suite 2) - Nadine de Trans en Provence

J'ai pris ces photos de l'emplacement où se trouve notre lavoir communal (désaffecté) dit Le Bassin neuf. L'endroit a été totalement raviné puisque totalement submergé par la Nartuby. Le lavoir par lui-même a subi des dégâts et des voitures sont allées...

http://transenprovence.over-blog.com
Le désastre : photos de Laetitia - Nadine de Trans en Provence

A partir de maintenant et pour aller plus vite je vais passer les photos en fonction des personnes qui me les ont envoyées. Laetitia habite à Trans en Provence. Voilà ce qu'elle m'a écrit le 26 juin : "Je suis tombée sur votre site car je cherchais des...

http://transenprovence.over-blog.com
Les photos de Marc du Blogmotte (1) - Nadine de Trans en Provence

Je vous montre les photos que Marc du Blog de la Motte m'a envoyées (j'y ai inclus quelques unes des miennes pour compléter le reportage). Il s'agit de photos de Trans mais plus particulièrement des abords, de la zone commerciale, du stade, etc... Pour...

http://transenprovence.over-blog.com
 
Les photos de Marc du Blogmotte (2) - Nadine de Trans en Provence

Et encore une petite suite avec les photos de Marc. Il m'en a envoyé beaucoup, je ne peux donc pas tout vous montrer, j'ai du faire un choix. S'inscrire à la newsletter Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

http://transenprovence.over-blog.com
Contre les éléments déchaînés, nous sommes bien petits... - Nadine de Trans en Provence

Nous sommes le 20 juillet, il y a un peu plus d'un mois, le 15 juin, une catastrophe touchait une partie du Var, dont notre village de Trans en Provence. Certains ont déjà oublié... pas moi. C'est l'été, il fait chaud, on pense aux vacances. Mais ceux...

http://transenprovence.over-blog.com

Posté par Nadine de Trans à 02:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

15 juin 2020

Le débordement de la Nartuby en 1827

Je repasse aujourd'hui cet article du 14 janvier 2017. Il relate l'inondation meurtrière du 6 juillet 1827. Hélas, l'histoire ne fait que se répéter, souvenez-vous, c'était il y a 10 ans, les 15 et 16 juin 2010. Un article va suivre d'ailleurs à ce propos.

Saut-capelan

 Le Saut du capelan à La Motte (Photo internet)

La Nartuby, petite rivière entièrement varoise, de 32 km de longueur, a deux sources différentes qui, à environ 1000 m d'altitude sortent de terrains calcaires. Elles sont distantes, à vol d'oiseau, de 20 km l'une de l'autre. La première, à 1km au levant du château de Vérignon, forme la Nartuby d'Ampus. La seconde, à l'ouest du Blac Meyanne et au nord de Bargemon, engendre la Nartuby de Châteaudouble ou Nantuby.
Les deux minces cours d'eau se réunissent près de la source des Frayères (en provençal
fraièro ou freièro, lieu froid ou eaux froides, les Frayères alimentent Draguignan en eau potable), en amont du hameau de Rebouillon, de nom significatif (où les eaux bouillonnent, s'agitent), et en aval de gorges profondes et sinistres sur le rebord occidental desquelles s'étend le vaste camp préhistorique des Clapouyres que, soit dit incidemment, très peu d'archéologues et de touristes connaissent. Ce camp, pré-romain et gallo-romain, est sans doute le plus grand et le plus caractéristique du département du Var. Il possède, en pierres sèches, des enceintes et des murailles fortifiées de dimensions colossales. Nous ajouterons qu'il est à 605 m d'altitude, que son nom vient de clapo, pierrée, lieu pierreux, caillouteux, et qu'il est voisin des grottes des Chèvres, des Chauves-souris ou en 1926, M. le docteur Le Même, inspecteur de l'assistance publique à Draguignan, découvrit un petit ours fossilisé (ursus speloeus). Ainsi constituée, la Nartuby entre dans la dépression de Draguignan, passant à 1,5 km à l'ouest de cette ville à laquelle elle envoie de sa rive gauche, un canal d'industrie et d'irrigation appelé Pis. Peu après, quelques eaux salées lui arrivent de la source de la Foux (1000 litres/seconde en hiver et au printemps 600 litres à l'étiage). De nouveau, la Nartuby s'engouffre dans des défilés où elle se précipite en cascades d'abord à proximité de Trans puis, au Saut du Capelan (30 m de profondeur), dans le voisinage même de La Motte. Elle se jette enfin dans l'Argens, au bourg du Muy, à une altitude, au-dessus de la mer d'un peu moins de 20 m et avec un débit oscillant, suivant la saison, entre 600 et 1060 litres/seconde. Dans tout son trajet, elle a successivement coulé sur des terrains permiens, triasiques et oolithiques. Son lit, de 15 m de largeur en moyenne, souvent aux trois quarts à sec, la fait ressembler à la plupart des autres rivières méditerranéennes "bonne seulement à sécher le linge" ou, pour user d'un calembour aimé des géographes, "rivières ayant, comme l'université de Salamanque, trois mois de cours et neuf mois de vacances".
Très paisible dans sa modestie, la Nartuby paraît n'avoir jamais eu de colère. Pourtant, le 6 juillet 1827, elle eut un débordement subit et violent, faisant des victimes, qui rappelle, en petit, la terrible crue du Gapeau, le 8 septembre 1651, dans les communes de Signes, Belgentier et Solliès-Pont.

Voici, du triste évènement que provoqua notre rivière, la relation émouvante rédigée par un contemporain, de nom inconnu :
"Le 6 juillet 1827, un orage épouvantable de grêle et d'eau a éclaté sur les communes d'Ampus, de Châteaudouble, de Montferrat et de Tourtour. Ses effets ont été aussi prompts que désastreux. L'eau tombant par les torrents sur un sol de plusieurs lieues carrées entouré de collines. La rivière de Nartuby, les ruisseaux et les ravins qui y affluent ont acquis en peu d'instants un volume prodigieux, et les campagnes inférieures ont aussitôt présenté l'image d'une vaste mer... Nombres de maisons ont été renversées, le toit de plusieurs autres a cédé sous le poids de la grêle.
Les malheureux habitants, sans asile, n'ont sauvé leur vie qu'en montant à la hâte sur des arbres où ils sont restés jusqu'à la retraite des eaux. Dans cette pénible position, ils ont eu la douleur de voir sous leurs yeux leur bétail, leurs meubles, leurs blés entraînés et perdus. L'inondation a envahi les champs récemment moissonnés comme ceux qui étaient à la veille de l'être ; elle a couvert les prairies et les vignes.
D'énormes quartiers de pierre que les eaux roulaient avec violence ont détruit les plantations d'arbres, emporté la terre végétale et n'ont laissé sur leurs traces que la stérilité et la désolation. Le joli hameau de Rebouillon a une lieue de Draguignan a particulièrement reçu des dommages qui seront à jamais irréparables. Un foulon (moulin ou machine à fouler les draps, autrement dit destiné à leur donner un certain apprêt) très utile à la contrée et la maison contiguë ont été complètement détruits ; il n'en est pas resté un seul mur. Il se trouvait dans cette usine une quantité considérable de pièces de draps qui ont disparu avec tous les instruments, les meubles et les bestiaux du propriétaire. Les amateurs d'antiquités regretteront le pont de la Granegone bâti sur la voie aurélienne par les Romains (1), dont on admirait la hardiesse et la légèreté. Ce monument précieux, qui avait résisté à vingt siècles, a été démoli en un instant par l'inconcevable fureur des eaux. Le territoire de Montferrat est celui de tous qui, dans cette circonstance, a souffert les plus vastes et les plus irréparables dégradations... Lorsqu'après le danger personnel passé, (les habitants) ont pu envisager l'immensité de leurs pertes, ... Ils n'ont plus vu que de profonds ravins, des tas de sable et de pierres, là où deux heures auparavant l'oeil satisfait pouvait contempler de riants vergers d'arbres fruitiers et de florissantes prairies.

Ex-voto

Ex-voto réalisé à l'occasion de cette catastrophe (Photo Nadine)

Les communes de Draguignan et de Trans, quoique hors de l'action immédiate du météore orageux n'ont pas éprouvé de moindres dommages dans leurs territoires respectifs. Elles ont eu même le malheur particulier de compter des victimes... Tout à coup apparaît une masse effroyable d'eau traînant avec elle des charpentes, des meubles, des bestiaux ; cette eau, impétueuse enveloppe, enlève tout ce qu'elle rencontre ; les travailleurs ont à peine le temps de se sauver sur les hauteurs, quelques uns grimpent sur les arbres où ils restent jusqu'à la nuit : le torrent dévastateur sape et renverse les murs de clôture, arrache vignes et arbres fruitiers, et sème partout les débris des premières démolitions... Six personnes, cinq hommes et une jeune fille..., ont péri en tentant de sauver leurs gerbes emportées par les eaux. Leurs corps n'ont été retrouvés que le surlendemain de l'orage. Quatre de ces infortunés appartiennent à la commune de Trans, et deux à celle de Draguignan (2). Le nombre des victimes eût été sans doute plus grand, sans la présence d'esprit et le zèle prévoyant d'un habitant de Trans qui, dès la première apparition du danger, monta à cheval et parcouru rapidement les lieux menacés avertissant à grands cris les travailleurs de pourvoir à leur sûreté. L'auteur de cette belle action..., c'est Monsieur Boyer, commerçant en bois... Les dommages des six communes ravagées ont été, au premier aperçu, évaluées en totalité à un million de francs. Mais on se convaincra qu'ils dépassent de beaucoup cette somme si l'on considère le nombre et l'étendue des démolitions, la perte des provisions et des meubles, celle de la présente récolte de grains et de fourrages, celle des bestiaux, etc... et, plus que tout le reste la valeur du sol dont la terre végétale a été emportée jusqu'au roc et dont la remise en culture est au-dessus de tout les efforts de la puissance humaine".
La calamité qui venait ainsi de désoler les bassins supérieurs et moyens de la Nartuby eut des répercussions au sein du conseil municipal de Trans.
"Par délibération du 28 octobre 1827, l'assemblée approuve une dépense de 115,95 frs. pour la réparation du parapet du Pont vieux détruit par l'inondation de la fatale journée du 6 juillet dernier, laquelle reconstruction était commandée par les circonstances les plus impérieuses vu l'urgence et le péril dans le retard".
D'autre part, le 14 mai 1828, à huit heures du matin, le Maire M. Leydet dit au conseil :
"Messieurs, vous avez encore présente à la mémoire la fatale journée du 6 juillet dernier qui détruisit une partie de vos récoltes et qui vit périr, au milieu des flots, quatre personnes de cette commune. Voulant perpétuer le souvenir de cette époque désastreuse et le transmettre à nos neveux et arrière-neveux pour qu'ils aient à se prémunir dans le cas où un pareil désastre viendrait à se reproduire, j'ai fait graver, sur une pierre de marbre, une inscription qui rappelle cette déplorable journée, et les malheurs qui en furent la suite. Elle est placée comme vous savez, à l'angle du mur de la maison Boyer, au pied du Pont vieux et à la hauteur où les eaux de la rivière se sont élevées lors de cette effroyable inondation. La dépense s'élève à la somme de 50 frs. et je vous invite à demander à cet effet à M. le Préfet un crédit additionnel au budget de 1828".
La proposition fut adoptée. Le Maire confirma en ces termes : "Payons, en cette occasion, un tribu de reconnaissance à Mgr l'Evêque de Fréjus (Charles-Alexandre de Richery, né à Allons le 31 juillet 1759, sacré le 20 juillet 1823, ancien chanoine de l'église métropolitaine d'Aix et ex-vicaire général de Sénès) et rendons hommage à ce digne et respectable prélat pour les abondantes consolations qu'il est venu rependre dans cette cité et pour les secours spirituels et temporels qui a fournis aux parents des victimes.
Ont signé au registre des délibérations : Lambert, Blanc, Pellerud, Muraire, Théus, Blanc, Vidal, conseillers ; Leydet, Maire.

Plaque

La plaque commémorative de l'évènement (Photo Nadine)

L'inscription commémorative gravée sur marbre et apposée au pied du Pont-Vieux est ainsi libellée : "Le 6 juillet 1827, les eaux de la rivière se sont élevées jusqu'à cette hauteur, ont inondé une partie du village et englouti une maison avec ses habitants".

Elle a été ensuite déplacée pour figurer aujourd'hui, près du dit pont, sur un portique d'érection récente. Puisse-t-elle, d'après le désir même du brave M. Leydet, Maire de Trans, nous rappeler toujours la soudaine irritation de notre "sèche" Nartuby afin de nous garantir, les cas échéant contre la surprise et la violence de ses autres fureurs !

Auteur : Louis HONORE

(1) La voie aurélienne construite en 242 av JC par les Romains pénétrait dans les Gaules par le littoral méditerranéen, passait au Muy, d'où un embranchement dirigé sur Riez, traversait le territoire de Draguignan par le chemin actuel de Montferrat (ancien chemin de Riez) et le quartier de la Clape.

Acte décès Giraud

Acte de décès de Joseph Giraud époux de Françoise Maurin (Photo Nadine)

(2) Ce furent, à Trans, Joseph Giraud époux de Françoise Maurin, 32 ans, menuisier ; André Blanc, veuf de Justine Guiol, 65 ans, cultivateur ; Marie Blanc, fillette de 11 ans, tous décédés le 6 juillet à quatre heures sur soir et Hilaire Garcin, époux d'Agnès Ferrat, 65 ans, fidalier (fabricant de vermicelles) mort le lendemain à 11 heures du matin. A Draguignan, Adélaïde Giraud, 26 ans, journalière, née et domiciliée à Montferrat fille de Victor Giraud, cultivateur domicilié à Montferrat de de Marguerite Brunet, décédée le 6 juillet à quatre heures du soir, et Joseph-Emmanuel Christophe Reboul, 46 ans, ménager époux de Blanche Bonnet, né et domicilé à Draguignan  fils de feu Honoré Reboul, propriétaire cultivateur domicilié à Draguignan et de feue Thérèse Blanc, décédé le même jour à six heures de l'après-midi.

Barre-fleurs-roses

   

01 février 2020

Les oratoires de Trans en Provence

Oratoire-cypres

Les oratoires sont la mémoire de nos villages. Un oratoire est à la base une chapelle, un lieu de dévotion invoquant la protection divine. Plus précisément, ce terme désigne un petit monument voué au culte d'un saint ou d'une sainte représenté par une statuette ou parfois tout simplement par une simple plaque à son image ou bien par une croix.

En Provence, région particulièrement dotées de ces fameux oratoires, c'est à Moustiers-Sainte-Marie dans les Alpes-de-Haute-Provence que se trouve le plus ancien des oratoires datant probablement du XIVe siècle.

Le Beausset, village varois revendique le titre de capitale des oratoires ; cette commune en possédant à elle seule, une soixantaine environ. Il existe d'ailleurs au Beausset un chemin pédestre baptisé "le chemin des oratoires" jalonné de treize édifices.

L'oratoire a donc un caractère rural puisqu'il permettait aux paysans qui habitaient dans les fermes ou les bastides de venir se recueillir et de faire une prière sans pour autant se rendre à l'église qui pouvait être parfois assez loin de leur lieu d'habitation.
Les oratoires ont été érigés en accomplissement d’un voeu, pour remercier d’une grâce accordée ou plus simplement pour honorer la très Sainte Vierge Marie, mère de Dieu ou le Saint auxquels ils sont dédiés, leur emplacement et leur environnement ne sont pas fortuits. Ils sont placés en évidence à un carrefour, à un col, à un passage périlleux. Ils peuvent indiquer un sentier conduisant à un ermitage ou à une chapelle ainsi qu'un lieu de pèlerinage. Ils nous invitent de toute façon au recueillement et à la prière, en faisant une halte sur les sentiers de la foi. Ils font partie des paysages de nos régions et de notre patrimoine religieux et artistique. Ils doivent être préservés et restaurés comme toute autre construction bâtie par nos ancêtres.

Source : Almanach de la Provence

Oratoire

Pour lire l'article consacré aux oratoires dans mon blog Passion Provence, c'est par ici :

Des montjoies aux oratoires - Passion Provence

A l'origine des oratoires, certains chercheurs n'hésitent pas à voir une manière de perpétuer les menhirs antiques tout en les détournant de leurs cultes originels. Selon l'abbé Moreri, qui fut un spécialiste en ce domaine, ces monuments votifs trouvent leur origine dans les pèlerinages.

http://www.passionprovence.org

Les oratoires de Trans en Provence

A Trans en Provence, on trouve à ma connaissance trois oratoires. Celui consacré à Saint Jean, l'autre à Saint Victor et le dernier à Saint Jean Baptiste. 

DSC07575

Oratoire Saint Jean (Photo Nadine)

DSC07581

Oratoire Saint Jean vu de près (Photo Nadine)

1/ L'oratoire de Saint Jean est située à l'angle de l'ancien chemin de Trans et du chemin des Portes. Il était en mauvais état et a été restauré par des bénévoles de la paroisse au cours de l'année 2018. La niche abrite trois petites statuettes qui sont : Saint Jean le Baptiste, Sainte Thérèse de Lisieux, et Saint François d'Assise.

Oratoire St Jean 

 

Oratoire de St Victor 1

 Oratoire Saint Victor (Photos du site oratoire.com)

Oratoire de St Victor 2

 2/ L'oratoire de Saint Victor est à l'intersection des chemins de Saint Victor et du Peybert. Un tableau représentant Saint Victor est visible à l'intérieur de la niche.

Oratoire St Victor

 

Oratoire aux Suous1 

Oratoire aux Suous2

 

Oratoire aux Suous3

 Oratoire Saint Jean Baptiste (Photos du site oratoires.com)

3/ L'oratoire de Saint Jean Baptiste est à l'entrée d'une propriété sise au quartier des Suous. Il fait office de pilier de portail !

Oratoire St Jean Baptiste

Nota : J'ai relevé les caractéristiques des trois oratoires sur le site oratoires.com.

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,


La vie de Sainte Roseline de Villeneuve et l'histoire de sa momie

Roseline naquit le le 12 janvier 1263 au château des Arcs (Les Arcs-sur-Argens). Elle était la fille de Giraud II de Villeneuve, seigneur des Arcs, Trans, La Motte et Esclans et d'Aigline son épouse. Alors qu’elle était enceinte, celle-ci aurait entendu une voix lui prédire : "Tu enfanteras une rose sans épine, une rose dont le parfum embaumera toute la contrée". Dès lors, un doux parfum de rose se serait répandu autour d’elle. Roseline était l’aînée de six enfants. Dès le berceau, Roseline portait les stigmates de la sainteté : son front rayonnait d'une clarté surnaturelle.

Porte du miracle

La porte du miracle aux Arcs-sur-Argens (Photo Nadine)

Toute jeune fille, déjà la foi chrétienne était sa principale vertu et Dieu était le seul objet de ses sentiments. Elle faisait preuve d’une grande générosité en distribuant de la nourriture aux pauvres ce qui mettait à mal les réserves du château, car elle y puisait tous les jours de quoi les nourrir. Son père lui interdisait pourtant toutes ces largesses mais Roseline ne pouvait s’empêcher de lui désobéir. À douze ans, le tablier de sa robe empli de pain, elle se fit surprendre par son père. "Mais que portes-tu dans ton tablier ?" lui demanda-t-il. Toute rougissante mais candide comme un ange, elle répondit : "Ce sont des roses, père" et ouvrant les pans de son vêtement, elle laissa échapper une brassée de roses des plus odorantes. Cet épisode connu sous le nom du "miracle des roses" eut lieu en plein mois de janvier ce qui convainquit Giraud II de la bénédiction divine de sa fille. De cet évènement, il reste aujourd'hui le lieu où il se serait produit : la porte du miracle à côté du donjon.

En 1278, Roseline intégra la Chartreuse de Saint-André-de-Ramières, au pied du mont Ventoux, en tant que novice. Par la suite, elle termina son noviciat au couvent de Bertaud près de Gap. Alors qu’un soir, elle était chargée de préparer le repas de la communauté, elle se mit en prière et tomba en extase. Elle sentit le Seigneur près d’elle et s’entretint avec lui "dans le doux secret de son cœur". A l'arrivée des religieuses, rien n'était prêt. La prieure était sur le point de gronder Roseline lorsqu'elle vit des anges qui s'éloignaient après avoir dressé la table et disposé la nourriture.

Le repas des anges, mosaïque de Marc Chagall dans la chapelle Sainte-Roseline aux Arcs-sur-Argens (Photo Nadine)

En 1285, Roseline fut nommée au monastère de la Celle-Roubaud, sur le terroir des Arcs (Arcs-sur-Argens) et revint ainsi près de sa famille. Elle en devint prieure en 1300, après avoir succédé à sa tante Jeanne à la tête du monastère. Elle y restera pendant quarante-quatre ans. Elle continuera à répandre autour d’elle sa générosité. Les malheureux prendront l'habitude de venir frapper à la porte du couvent où Roseline et ses religieuses leur distribueront de la nourriture.

Repas des anges

Le repas des anges, mosaïque de Marc Chagall qui orne un des murs de la chapelle Sainte-Roseline aux Arcs-sur-Argens (Photo Nadine)

Sainte Roseline

La statue de Sainte Roseline dans la chapelle Sainte Roseline aux Arcs-sur-Argens (Photo Nadine)

Epuisée par sa tâche et ses mortifications, elle demandera à redevenir simple religieuse et mourra moins d'un an après avoir abandonné son rôle de prieure, le 17 janvier 1329. De nombreux pèlerins affluèrent alors à son chevet et "des miracles se produisirent dans sa cellule. Des malades furent délivrés de leurs maux, des paralytiques retrouvèrent la liberté de leurs mouvements, des aveugles recouvrirent à nouveau la vue".

Enseveli dans le cimetière du cloître, le corps de Roseline fut exhumé cinq années plus tard, une forte odeur de rose se dégageant de sa tombe. Miraculeusement, il apparut intact, les yeux de la défunte ayant même gardé tout leur éclat. Ceux-ci furent alors placés dans un reliquaire exposé à la vénération des fidèles, tandis que le corps de la sainte reposait dans une châsse en bois.
La relique disparut ensuite pendant 280 années, peut-être mise à l’abri dans un caveau ou un souterrain, pour la préserver durant des "temps troublés".  Elle fut longtemps cachée et aurait pu être perdue si un aveugle ne l’avait finalement retrouvée : la sainte lui révéla sa position dans un rêve et lui redonna miraculeusement la vue. En 1614, le corps de sainte Roseline était à nouveau exposé, toujours prodigieusement intact.

En 1660, de passage dans la région et entendant parler de ce miracle, le roi Louis XIV envoya son médecin, Antoine Vallot constater par lui-même le phénomène. Le Dr Vallot fasciné par les yeux de Roseline perça d’une aiguille le globe gauche. Le corps vitré s’échappa et la prunelle se ternit instantanément.

Reliquaire des yeux

Reliquaire des yeux dans la chapelle Sainte-Roseline aux Arcs-sur-Argens (Photo internet)

La dépouille de sainte Roseline subit de nombreuses translations au cours des siècles, pour restaurer ou changer la châsse, vérifier l’état de conservation du corps ou prélever des reliques. Aujourd’hui, le reliquaire des yeux* et la châsse où repose le corps sont toujours exposés aux fidèles et aux touristes, dans l’ancienne chapelle du monastère de la Celle-Roubaud, devenue Chapelle Sainte Roseline.
En 1881, le corps ne présentait pas de trace de corruption mais avait subi des dégradations par des insectes qui avaient pénétré la châsse dont l’étanchéité n’était plus assurée.

Sainte Roseline squelette 1

Sainte Roseline squelette 2

Corps de Sainte Roseline en 1894, avant l’intervention de restauration du Dr Neri. (Photographies extraites du livre de Boyer et Grévin (2002))

En 1894, il était totalement ravagé et une intervention rapide s'imposait. Le diagnostic fut confié au Dr Pietro Neri qui fit un état des lieux désastreux. Il conclut que les dommages "n’auraient pas été si grands si le corps n’avait pas été transporté dans une atmosphère pareille où, en raison de puissantes causes, il n’aurait jamais pu à la longue conserver son intégrité". C'est à cette époque que le corps avait donc dû être, non pas embaumé comme le mentionne le livret de la chapelle, mais bien restauré comme le montrent les photos prises par le Dr Neri. C'est ainsi que le médecin italien le reconstitua en cire d'abeille pour lui donner l'apparence d'un corps desséché.

En 1968, pour remercier Sainte Roseline, Marguerite Maeght décide de faire restaurer entièrement la chapelle laissée à l'abandon y compris le retable du XVe siècle et le choeur du XVIème siècle. Amie de grands artistes contemporains, elle demande à Marc Chagall de réaliser une mosaïque de plus de quatre mètres de haut intitulée "Le repas des anges" (1975). Elle sollicite Jean Bazaine et Raoul Ubac pour refaire les vitraux ainsi que Diego Giocometti pour un lutrin et un bas-relief "Le miracle des roses".

Sainte Roseline radio 1

Les radiographies du corps de Sainte Roseline révèlent la structure métallique insérée par le Dr Neri en 1894 lors de la restauration de la relique

En 1995, le corps de Sainte Roseline dut subir une intervention de conservation, des signes de putréfaction commençant à apparaître sur les mains et sur les pieds. Les autorités religieuses acceptèrent alors que des analyses scientifiques soient réalisées sur la relique par une équipe de chercheurs. Le corps de Sainte Roseline fut confié au Laboratoire de recherches et d’anthropologie de Draguignan et l’étude coordonnée par Gilles Grévin et l'Abbé Raymond Boyer. La châsse de Sainte Roseline fut ouverte le 23 octobre 1995. L’objectif était d’identifier la nature des traces blanchâtres suspectes repérées sur les mains et les pieds et d’en savoir davantage sur les techniques d’embaumement mises en œuvre par le Docteur Neri en 1894. Différents examens furent pratiqués dont des radiographies qui révèlèrent la structure métallique insérée par le Dr Neri lors de la restauration de la relique.

Le corps embaumé depuis 1894 était revêtu de l’habit monastique des cartusiennes, reposant sur le dos dans une position allongée, bras repliés sur le torse et mains jointes. L’aspect général apparut aux scientifiques comme celui d’un corps qui se serait desséché naturellement même si la couleur n’était pas uniforme : noirâtre, brun foncé à clair.
En 1894, le Dr Neri avait découvert un squelette ravagé par les insectes et sur lequel il ne restait que très peu de tissus organiques. Les scientifiques comprirent rapidement que son embaumement avait constitué en une recomposition complète de la relique par un modelage en cire d’abeille, donnant l’apparence d’un corps momifié. Les taches blanchâtres repérées sur les mains étaient en réalité dues à une altération du vernis balsamique et antiseptique dont le médecin avait recouvert le corps. Les pieds, les mains, le visage de la sainte, des lèvres au nez, paupières et oreilles, toutes les parties visibles sont donc depuis la fin du XIXème siècle des sculptures de cire colorée en brun foncé.

Sainte Roseline Châsse en cristal

Sainte Roseline dans sa châsse de cristal (Photo Nadine)

Sainte Roseline châsse vue de devant

La châsse vue par devant. Au premier plan, le parchemin paraphé par
 Monseigneur Madec (Photo Nadine)

Les examens achevés, le corps de Sainte Roseline fut sollennellement déposé dans sa châsse en cristal le 14 janvier 1996 en présence de Monseigneur Madec évêque du diocèse de Fréjus-Toulon. Il fut placé aux pieds de la sainte un parchemin paraphé de la main de l'évêque. 

 

Reliquaire sur pied

Le reliquaire (Photo Nadine)

* Le reliquaire actuel contient une boîte en argent scellée datant du XVIIe siècle dont la face a la forme d'un masque percé de deux ouvertures laissant apparaître les yeux.. L’œil gauche, qui est celui que le Docteur Vallot a percé en 1660, se présente sous une forme grisâtre, amorphe et desséchée. L'oeil droit, dont l’éclat semble encore "vif", semble avoir conservé sa forme mais l’iris est indissociable de la pupille. Cette boîte est placée dans le reliquaire ciselé, chef-d'oeuvre du maître lyonnais Armand Caillat, qui reçut le grand prix de l'exposition universelle de Paris en 1889.

Sources : Je me suis inspirée pour écrire cet article (1) Du livret en vente à la chapelle des Arcs sur Argens : La vie de Roseline de Villeneuve (2) Du livre : Les Arcs sur Argens, du passé au présent paru en 2005 (3) ainsi que des informations trouvées sur le site internet de l'Observatoire Zététique : Sainte Roseline de Villeneuve. 

Sainte Roseline livre

 Nota de Nadine : Si vous voulez en savoir plus sur l'étude de la momie de Sainte Roseline, je vous conseille de lire le livre de Raymond Boyer et Gilles Grévin, "Une sainte provençale du XIVe siècle, Roseline de Villeneuve : Enquête sur sa momie." Éditions De Boccard (2002).

Barre de roses

 

14 janvier 2019

La coopérative vinicole La Transiane (2)

Je remets un article que j'avais passé le 10 septembre 2014 (voilà pourquoi je parle de la période des vendanges). Il est un complément à celui que je viens de taper et qui décrit la coopérative. Je suis contente d'avoir enfin trouvé une photo de notre coopérative La Transiane vue de près. 

Trans-Chapelle-Notre-Dame-et-cooperative-vinicole

Carte postale des années 70 sur laquelle on voit la coopérative vinicole (le grand bâtiment blanc à droite).  

   Etant en pleine période des vendanges, il me semble à propos de vous parler de la dernière assemblée générale de la coopérative vinicole qui eut lieu en 1988. C'est Robert Gerbino qui m'a passé cette coupure de journal et je l'en remercie. La coopérative vinicole de Trans a été démolie en 1990 ou 1991.  

   "Depuis de nombreuses années, la viticulture est en déclin sur notre commune. Le développement de l'immobilier, la spéculation foncière, la rentabilité insuffisante de certains cépages, la concurrence imposée par le marché commun et le peu d'entrain manifesté par les jeunes pour assurer dans ce domaine la relève de leurs aînés ont, en effet, accentué le recul de la vigne, le plus souvent au profit de l'urbanisation. Conséquence de cette évolution, la coopérative vinicole de Trans construite en 1940 dans une période faste pour les vins du terroir, a eu au cours de ces dernières années, devant la diminution des apports et la restriction des débouchés, parfois du mal à gérer excédentairement la production de ses viticulteurs. Ainsi, la constatation d'un manque de rentabilité réitéré entraînant des difficultés de trésorerie, ne remettant cependant nullement en question la qualité des vins produits, ont déterminé le conseil d'administration de la coopérative à prononcer il y a environ un an, la fermeture de celle-ci et à conclure un accord avec la coopérative de Draguignan, afin que cette dernière accueille l'ensemble des cépages Transians. Malgré ce transfert définitif de responsabilités dès la saison 1987-1988, le conseil d'administration a continué à gérer la récolte 1986-1987 et lundi soir devant une trentaine de coopérateurs, il présentait pour la dernière fois les comptes financiers de l'excercice précité. Après avoir lu et fait approuver à l'unanimité des membres présents le procès verbal de la dernière assemblée générale du 28 août 1986, le président Monsieur Gerbino aidé par son commissaire aux comptes, Monsieur Ballatore, se mit à détailler l'excercice financier de la saison 1986-1987. Durant les vendanges 1986, la coopérative a reçu 733 230 kg de raisin, dont 12 230 kg d'hybrides, qui ont produit 5 871.40 hectolitres de vin parmi lesquels 5 198.40 hectolitres sont constitués de vins marchands. Les recettes d'exploitation portant sur les ventes tous frais déduits et comprenant entre autres les A.O.C., les clairettes, la vente en coopérative, la ventilation de la production et la consommation familiale en vins divers s'élève à 1 803 523.75 F. Ces recettes sont en augmentation par rapport à 1985 qui est essentiellement due à un accroissement substantiel de la production de 1986. Les charges diverses règlées et les subventions diverses enregistrées en trésorerie, on constatera finalement que pour cet excercice le bénéfice s'élève à 1 125 572.78 F. Le compte des coopérateurs présente de son côté un bénéfice de 540 277.28 F. devant être prochainement réparti entre les coopérateurs. Après des éclaircissements apportés par Monsieur Ballatore sur des points comptables, réglementaires et sur la modalité de la fusion contratée avec Draguignan, Monsieur Gerbino clôturait la séance en proposant la distribution d'un reliquat de 120 bouteilles de mousseux invendues aux coopérateurs présents.  

   Source : Var-Matin du samedi 13 août 1988.

 

La coopérative vinicole La Transiane (1)

 

Coopérative vinicole la Transiane

La cave coopérative "La Transiane" a été créée en 1940. La date de construction figurait sur le pignon ouest. En 1979 cette cave a vinifié 7 290 hectolitres dont 2 063 hectolitres d'A.O.C. côtes-de-provence. 171 viticulteurs y adhéraient. Elle fut fermée en 1987 et démolie en 1990 ou 1991 pour faire un parking.

 Description

Situation : la cave se trouvait à l'entrée de Trans, tout près de l'intersection de la route qui mène à Draguignan. Le terrain qui bordait la rue s'étendait plus largement à l'arrière où se trouve un canal. Au sud du terrain, se trouve la chapelle Notre-Dame. La façade ouvrait à l'ouest sur la rue.

 Structure : le bâtiment principal, dont le pignon donnait sur la rue, semblait avoir été allongé vers le sud. La réception était derrière, à l'est, sous un auvent de tôle. Le pont-bascule était situé au sud-est.

Élévations extérieures : élévation ouest : la partie intéressante était le pignon qui se trouvait à l'extrémité nord de la façade. Au rez-de-chaussée : une grande porte en plein cintre, à grosses moulures plates, était décorée d'une clef qui semblait porter la moulure horizontale. De chaque côté de la porte se trouvait un décor de fausses poutres en béton. La moulure transversale se continuait sur toute la façade, surmontée vers le sud par trois oculi.

Source  : Inventaire général du Patrimoine culturel région Provence-Alpes-Côte d'Azur en ligne.

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

08 janvier 2019

La fresque consacrée à Saint Roch

St Roch 1

St Roch 2

Saint Roch est le saint patron de Trans en Provence. On dit que lors d'un pèlerinage à Rome, il passa par notre village alors dévasté par la peste, et que grâce à son intercession, le fléau s'arrêta, et Trans fut épargné. En souvenir de sa visite à Trans, la paroisse a réalisé et financé il y a quelques mois, la fresque qui se trouve derrière l'église, sous le porche de la maison paroissiale. Cette fresque que chacun peut admirer a été réalisée par l'artiste Karol Kobryn.

Source : D'après le Bulletin paroissial de septembre 2018.

Je mets également ci-dessous le lien pour que vous puissiez aller lire l'article que j'avais fait sur la chapelle Saint Roch qui raconte l'histoire de notre saint patron.

La chapelle Saint-Roch - Trans en Provence au fil de la Nartuby

Notre fête locale a lieu au mois d'août pour la Saint-Roch. Mais quelle est l'origine de cette fête ? Dans les premières années du XIVe siècle, si l'on en croit la tradition, se serait produit l'un des évènements les plus importants de l'histoire religieuse de Trans. 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

15 décembre 2018

Escolo Dei Moulin - Moulins de Trans en Provence et vieux métiers

 

L'association transianne de langue provençale : "L'escolo dei Moulin" (L'école des moulins) présente un diaporama sur les moulins à huile de Trans ainsi que sur différents métiers d'antan. Je ne résiste pas au plaisir de le partager avec vous et vous souhaite une bonne lecture. Je vous renvoie également à mon article consacré aux meuniers de l'huile dont voici le lien :

Les meuniers de l'huile - Trans en Provence au fil de la Nartuby

Au cours du XIXè siècle, il y a eu à Trans entre 20 et 25 moulins à huile. Un des derniers construits fut celui de la famille Audibert (dont la descendante habite toujours Trans) qui est devenu de nos jours le restaurant le Moulin de la Gardiole.

http://www.transenprovence.info


 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,