Trans en Provence au fil de la Nartuby

Bienvenue à Trans en Provence

J'ai mis en place ce blog sur Trans en Provence pour parler de mon village, de son histoire, de ses habitants, de son passé tout simplement... pour qu'il en soit un petit peu la mémoire. Je ne suis pas historienne, ni spécialiste en quoi que ce soit, mais je suis curieuse de tout. Mes recherches généalogiques m'ont conduite à m'intéresser à l'histoire, la grande et la petite.  

Mon autre blog :  Passion Provence 

http://www.passionprovence.org

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25 février 2017

Visite pastorale (1666)

 

L'église et la fontaine

"Nous, Evêque et seigneur temporel de Fréjus, Fayence et autres places, procédant à la visite générale des paroisses de notre diocèse et à la particulière de celle du lieu de Trans, après avoir été considéré tout ce que de la part des Consuls nous a été remontré par leur comparant, et ce que Messire Goiran, prieur de la dite église a répondu, - Nous avons tout premièrement ordonné que le tableau et rétable du maître-autel qui se trouve par sa vieillesse en si mauvais état qu'il ne peut plus servir avec honneur et décence, et qu'il est plus propre à donner des distractions que de la dévotion, sera refait et réparé dans trois mois à frais communs du dit prieur pour un tiers et des Consuls pour les deux autres tiers - si mieux les parties n'ayment en faire un tout neuf, le plus beau et magnifique qu'ils pourront. Et le dit prieur à son propre fera fermer à clef la porte de la chapelle champestre Saint Victor, et entretiendra le couvert de l'église paroissiale et de la dite chapelle, fermera le cimetière d'une porte à treillis, en sorte qu'elle puisse empêcher les enfants et les animaux d'y entrer ; - Tiendra les châssis et vitres de la dite église en son entier ; et, pour ce qui est du service de la dite église, le dit prieur le continuera avec deux autres prêtres, suivant l'ancienne coutume, les obligeant de célébrer trois messes les jours de dimanches et fêtes, et deux les autres jours ; desquelles messes l'une sera dite de grand matin à l'aube, et une autre fort tard ; - Laissant à la disposition du prieur et de la Communauté d'adjuger en quelles dites messes le prône pourra être fait afin que le pauvre peuple soit mieux instruit de ce qu'il doit savoir et faire pour son salut ; - Ordonnant que les lumières nécessaires au service qui est fait dans la dite paroisse soient fournis par les marguilliers des chapelles et autels, suivant l'ancienne coutume ; - Ordonnant au dit prieur de mettre dans la dite église et de se servir des livres du choeur qu'il nous a fait voir tout neufs ; - Et quant à la construction de la maison claustrale, si les Consuls prétendent que le prieur ne l'a pas bâtie comme il devait et qu'il n'a pas satisfait à l'acte d'accord qu'ils ont passé ensemble, ils en viendront porter leur plainte à notre siège épiscopal à Fréjus, où ils seront plus amplement ouïs en tout ce qu'ils voudront avancer et de suite justice sera faite ainsi que de raison.

Le 20 décembre 1666 Ondedeï, évêque de Fréjus, et plus bas Villet, secrétaire. (Extrait du registre de la visite générale diocésaine de l'Evêché du diocèse de Fréjus, étant rière, le secrétaire du dit Evesché, dûment collationné par moy secrétaire ce 29ème mai 1674)."

Source : Fascicule imprimé pour l'anniversaire des 500 ans de la consécration de l'église 1496-1996. Ce fascicule a été écrit grâce à mes propres recherches. Auteur : Curé Claude Pierrugues, Monsieur Roger Martelli et moi-même.

 

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19 février 2017

Le miracle de Trans

Charles Quint

En juillet 1536, l'empereur Charles Quint envahit la Provence. Ses troupes passent par Trans et font de nombreux dégâts dans le village. Le Conseil Communal ordonne l'évacuation des habitants qui se réfugient dans la campagne. "De tous les villages maltraités, celui de Trans fut le plus à plaindre car il reçut toutes sortes de mauvais traitements jusqu'à voir mettre le feu dans l'église" (Cf. Gaufridi Jean-François, Histoire de la Provence, Aix 1664). Après le départ des gens de guerre de l'empereur Charles Quint, un prêtre de Figanières, Jacques Rissol, entre dans l'église pour constater les ravages de l'incendie. Une grande partie de celle-ci a été brûlée. En s'approchant de l'autel du Corpus Domini ou du Saint Sacrement, il constate qu'il est recouvert par quatre doigts de cendres et que les ferrements du tabernacle en plâtre qui renferme les hosties sont tout brûlés. D'ailleurs, tout est consumé : la serrure, les pentures et les bandes de fer blanc, et là, soudain... miracle ! au milieu des restes du tabernacle, il découvre une hostie intacte, couverte de cendres, que le feu avait épargnée. Il décide de la garder et va prendre conseil auprès de Messire Guillaume de Camelin, official du diocèse de Fréjus qui lui répond qu'en temps de guerre il ne doit pas laisser l'hostie à l'autel du Corpus Domini, ni la conserver car elle a été consacrée. Le dimanche suivant, le prêtre, Jacques Rissol, célèbre la messe dans l'église et consomme la Sainte Hostie. Telle est la relation du miracle de Trans.

Source : Fascicule imprimé pour l'anniversaire des 500 ans de la consécration de l'église 1496-1996. Ce fascicule a été écrit grâce à mes propres recherches. Auteurs : Curé Claude Pierrugues, Monsieur Roger Martelli et moi-même.

 

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13 février 2017

Carcistes et Razats

En 1576, le Roi signe un édit qui déchaîne la colère des catholiques parce qu'il donne aux huguenots le droit de pratiquer leur religion et même de posséder quelques places fortes. Ce fut le signal de nouveaux troubles en Provence, qui fut meurtrie, en 1578 et 1579, par une guerre à mort entre les deux partis : les Carcistes et les Razats. Les Carcistes étaient les catholiques enragés, qui avaient à leur tête, le Comte de Carcès, grand Sénéchal de Provence, les Razats, parmi lesquels se trouvaient des protestants et beaucoup de catholiques modérés, étaient ainsi appelés - les uns disent parce qu'ils n'avaient pas de barbe, les autres parce qu'on les avait persécutés, pillés, rasés - et certains croient que leur nom venait de leur chef, le Gouverneur de Provence, qui était le Maréchal de Retz. Deux années de suite, la Provence fut ravagée, pillée, ensanglantée par les uns et les autres. Dans certains endroits, ce fut un sorte de jacquerie, de révolte des paysans contre leur seigneur. C'est ainsi que les habitants de Callas assassinèrent leur seigneur qui avait 80 ans, tuèrent ses deux fils et brûlèrent son château. Celui des Forbin, à Solliès fut démantelé, ceux de Sainte-Maxime, de Bauduen, de Pierrefeu et de Cuers furent livrés aux flammes. Tous ces incendiaires étaient des Razats.

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Prise du château de Trans le 23 mai 1579

Ce furent encore des Razats qui vinrent assiéger le château de Trans dans les derniers jours de mai 1579 avec deux canons empruntés à la ville d'Antibes. Ils furent mis en position devant le château et commencèrent à le bombarder. Cependant, les assiégés opposèrent une résistance désespérée. Parmi eux, se distingua la Marquise de Trans, fille du Comte de Carcès. Le Marquis Claude de Villeneuve et sa femme défendirent le château avec un courage héroïque. Les pertes furent importantes dans le camp des assiégeants : une les affecta particulièrement, ce fut la mort du Baron d'Estoublon, gentilhomme protestant, l'un des chefs de guerre des Razats. Après deux jours de cannonade, le château fut pris d'assaut le 23 mai 1579. Les Razats parvinrent à appuyer leurs échelles et les voilà monter à l'assaut des remparts et tuer les soldats qui le défendaient. Le Capitaine Séguran de Draguignan porta le coup mortel au Marquis et à une demi-douzaine de gens de son entourage. Ses hommes en firent autant et voilà le château aux mains des Razats. La Marquise de Trans eut beaucoup de peine à s'enfuir par les toits laissant son petit enfant au berceau. Un soldat prit le petit et voulut le jeter par la fenêtre, quand un muletier dracénois nommé Trabaud lui dit : "Que vas-tu faire de cet enfant ?" "Je vais le sacrifier à mon maître" répondit le soldat.Trabaud rétorqua "Mais à quoi te servira-t-il de faire périr ce pauvre innocent ?" " Si tu veux me l'acheter dit le soldat, je te le vends pour le prix que tu me donnes" Le muletier mit la main à sa bourse et en tira cinq sous qu'il tendit au soldat. Le soldat les prit et remit l'enfant à Trabaud. Celui-ci l'emmena à Draguignan et le fit nourrir par sa femme qui lui donna du lait pendant six ou sept mois, puis Trabaud le rendit à la Marquise.

Sources : D'après un texte paru dans le Bulletin Municipal de Trans en Provence n°22 septembre 1988. Egalement d'après le Dictionnaire historique "Histoire de la Provence" de Gaufridi 1694.

 

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07 février 2017

Souci d'urbanisme en 1795

  

Plan du parc du château 1

Plan du parc du château 2

Requête de la Municipalité de Trans aux Administrateurs du district de Draguignan.

" Citoyens, le bourg de Trans est réduit à un bien petit espace, étant cerné, au nord et au levant par la rivière Nartuby et des précipices, et au midi et au couchant par l'enclos national (il s'agit du château et du parc du ci-devant seigneur confisqué par la nation après l'exécution du marquis Louis-Henry de Villeneuve à Paris le 4 prairial an II), de manière que les habitants ne pouvant avoir des emplacements pour construire des maisons en proportion de leur nombre, se trouvent entassés et manquent surtout d'usines de ménage (commodités de cuisine et de lavage). Ils désirent que cet enclos soit divisé de manière qu'il puisse être bâti des maisons à suffisance. Mais les maisons exigent des rues et des alignements convenables pour que l'air ne soit pas intercepté. Les experts que vous avez commis pour faire des divisions des biens du condamné Villeneuve doivent être autorisées de votre part pour tracer les rues et laisser leur espace libre et sans être compris dans les objets à vendre. C'est pour leur donner des pouvoirs suffisants que la Municipalité vous observe : 1° Que l'allée de l'enclos qui se trouve au couchant et qui tire du nord au sud (actuellement Montée de la Cotte), appartient à la Commune, étant le chemin qui conduit à Lorgues et à divers quartiers du terroir, et ayant été enfermé dans cet enclos par abus, ce qui peut nuire au droit de propriété de la Commune, qu'elle réclame par notre ministère. 2° Qu'il soit tiré une ligne de maisons depuis le parterre (jardin fleuriste situé en face de la façade sud du château du côté gauche de la rue actuelle du Parterre) de l'enclos jusqu'à la fontaine publique (angle des rues actuelles Nationale et de l'Hermitage), tirant du nord au sud et formant parallèle avec la maison et fabrique de soie du citoyen Antoine Ricaud (immeuble appartenant à M. Emile Reynier et local industriel appartenant à M. Vadon). Mais si les maisons étaient bâties au bord du terrain de cette partie (c'est-à-dire, si elles s'alignaient sur la façade du château qui avance sur la rue Nationale), la rue se trouverait trop étroite à cause du passage fréquent. Il faudrait donc, pour la rendre commode, qu'elle fut élargie de deux tiers (environ 4 mètres) au moins et que les experts puissent déterminer que cet espace servirait à la voie publique et ne serait pas compris dans la vente. 3° Qu'une autre rue peut être tracée au couchant de la maison (du château) tirant du couchant au levant, comprenant l'allée des tilleuls et s'alignant avec les bâtiments supérieurs du midi et du nord. Cette rue aboutirait au canal public (cette rue se serait développée parallèlement à la façade nord du château et aurait abouti à l'actuelle rue Nationale ; elle aurait été complétée en T par l'allée des tilleuls). 4° Que l'allée des Ormeaux qui sépare la partie supérieure de l'enclos de la partie inférieure, le long du canal public, ainsi que les petits espaces qui se trouvent entre le canal et l'allée doivent être conservés dans leur largeur, en raison de ce que cette allée sert de chemin le long de ce canal pour l'usage des habitants qui ont le droit d'arroser, du citoyen Ricaud pour les eaux de sa fabrique de soie, de la Commune pour les eaux du moulin à huile qu'elle a fait construire dans ce quartier, et des propriétaires qui feront l'acquisition des trois moulins à huile de la République situés au même quartier (moulins de MM. Joseph Raynaud, Lorenzi et Saurin), indépendamment que ce chemin est nécessaire pour le passage des acquéreurs des lots de la partie supérieure de l'enclos (cette grande voie serait partie de l'angle des rues Nationales et du Cassivet. Elle aurait coupé obliquement l'extrémité de la rue projetée au 3°, et, suivant alors le canal, elle aurait abouti sur la côte un peu avant le passage à niveau). Le requête explique ensuite que la plus-value donnée aux emplacements situés sur les voies projetées compenserait la non aliénation de leur sol.

Note : Cette requête n'a pas eu satisfaction par suite de la mise en adjudication tardive des biens du Seigneur. Les événements avaient marché depuis sa mort. Bientôt on les rendit aux héritiers du condamné. Leur vente à  laquelle il fut procédé sur licitation en 1803, se fit sans tenir compte des demandes présentées par la Municipalité de Trans. Cette inobservation d'un voeu exprimé en vue de l'intérêt général, fut aussi regrettable pour le pays que pour les possesseurs des biens vendus. Les rues projetées auraient permis à la population de Trans de s'accroître, et elles auraient donné une bien plus grande valeur aux terrains.

Source : Les Archives de Trans en Provence n° 25 - septembre 1932 - Jean Barles et quelques commentaires de Nadine

Le plan du parc du château de Trans tel qu'il existait en 1780 - Trans en Provence au fil de la Nartuby

Cet article sera en deux parties. Je vais tout d'abord vous expliquer le plan ci-dessus. Puis, dans un autre article qui suivra je vous parlerai du contrat passé entre Louis Henry de Villeneuve marquis de Trans et son jardinier, Joseph Garcin dit Perlon pour l'entretien du parc de son château.

http://www.transenprovence.info

 


01 février 2017

Quelques précisions sur la filature de soie de Trans

 

Filature-Garnier

La filature est ce grand bâtiment gris à gauche devant lequel posent les ouvrières.

Pour faire suite à mon article sur la Filature de soie de Trans,
je vous fais part d'un mail qu'un de mes amis généalogistes, André de Draguignan, m'a écrit. Il est très intéressant car il m'apporte des précisions sur les propriétaires de la filature.

"Ma chère Nadine,

j'ai été très intéressé par ton article sur la soie et la filature de Trans.
Je voudrais y apporter quelques précisions.

La "filature GARNIER" pourrait s'appeler "filature CORNEILLE" du nom de mon ancêtre (l'arrière-grand-père de mon grand-père) qui a fait construire le bâtiment dans les années 1830.
Le père de Frédéric CORNEILLE (1796-1857), de son nom d'origine Michele CORNAGLIA, était originaire de Racconigi, la capitale piémontaise de la soie.
Frédéric épouse à Trans Elisa (1801-1878), une des filles de l'aubergiste Jacques BERTRAND. Ce dernier avait acheté en 1812 aux héritiers du filateur Jacques BELLON une ancienne fabrique de soie située entre la rue St Roch et la rivière. C'est dans ce bâtiment que Frédéric démarre sa première filature.
A la fin des années 1830, il en fait construire une deuxième sur un terrain situé lui aussi sur la rue Saint-Roch, aujourd'hui avenue de la Gare.
La filature CORNEILLE tournera jusqu'à la mort en 1877 de son fils Emmanuel qui lui a succédé.
Elle sera remise en état par les héritiers de ce dernier, louée à M. RICHAUD et finalement vendue à M. SIRMAKECHIAN. C'est elle qui figure sur la carte postale qui illustre ton article ; ce bel immeuble sur quatre niveaux est toujours debout après une restauration récente et contestable.

Ces précisions sur l'origine des filatures viennent du testament de Jacques BERTRAND, le cadastre étant source de confusions.

On peut ajouter que les CORNEILLE ont été plusieurs fois médaillés aux Expositions Universelles et titulaires de plusieurs brevets d'invention.

Tu peux bien sûr reproduire ces commentaires dans ton blog si tu le souhaites.

André"

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26 janvier 2017

L'histoire de la soie, la filature de soie de Trans

Ver-a-soie-bombyx

 Le cocon du ver à soie se compose de deux enveloppes : l'une extérieure qui consiste en une sorte de gaze très lâche, l'autre intérieure qui est formée d'un tissu très serré. Cette dernière est le cocon proprement dit et fournit seul un fil de grande valeur ; l'autre, à cause de son irrégularité, ne peut être dévidée et ne donne qu'une soie propre à être cardée. L'enveloppe extérieure enchevêtre ses fils aux menus rameaux entre lesquels le ver s'est établi ; elle n'est qu'une sorte d'échafaudage, de hamac où la chenille s'isole et prend appui pour le travail solide et soigné de l'enveloppe intérieure. Lorsque ce hamac est prêt, le ver se fixe aux fils avec ses pattes postérieures, il se soulève, se recourbe et porte tour à tour la tête d'un côté et de l'autre en laissant couler de sa lèvre un fil qui, par sa viscosité, adhère aussitôt aux points touchés. Sans changer de position, la chenille dépose ainsi une première couche sur la partie de l'enceinte qui lui fait face. Elle se retourne ensuite et tapisse un autre point de la même manière. Quand toute l'enceinte est tapissée, à la première assise en succèdent cinq, six et davantage, jusqu'à ce que les réservoirs de la matière à soie se trouvent épuisés, et que l'épaisseur de la paroi soit suffisante pour la sécurité de la future chrysalide.

Ver-a-soie

D'après la manière dont travaille la chenille, on voit que le fil ne s'enroule pas circulairement comme celui d'une pelote, mais se distribue en une série de zigzags d'avant en arrière et de droite à gauche. Malgré ces changements brusques de direction et sa longueur, qui mesure 300 à 350 mètres, non compris l'enveloppe externe, ce fil n'est jamais interrompu. Son poids est en moyenne de 1,5 décigramme, il suffirait de 15 à 20 kilogrammes de cette soie pour fournir une longueur de 10,000 lieues, ce qui est le tour de la terre ! L'examen, avec des verres grossissants, montre que le fil du cocon est un tube fin, aplati, irrégulier à la surface et composé de trois couches distinctes. La couche centrale est de la soie pure ; au-dessus est un vernis inattaquable par l'eau chaude, mais soluble dans une faible lessive ; enfin à la superficie est un enduit gommeux qui agglutine fortement entre eux les zigzags du fil et forme de leur ensemble une solide paroi.

Dès que le travail des chenilles est fini, on recueille les cocons sur la ramée de bruyère. Quelques-uns, les plus sains, sont mis à part et abandonnés à la métamorphose. Leurs papillons donnent des oeufs ou graines, d'où proviendra, l'année suivante, la nouvelle chambrée de vers. Sans retard, les autres sont exposés dans une étuve à l'action de la vapeur brûlante. On tue ainsi la chrysalide, dont les tendres chairs lentement prenaient forme. Si l'on négligeait de prendre cette précaution, le papillon percerait le cocon, qui, ne pouvant plus se dévider à cause de ses fils rompus, perdrait toute sa valeur. Le dévidage se fait dans des ateliers nommés filatures. On met les cocons dans une bassine d'eau bouillante pour dissoudre la gomme qui agglutine les divers tours. Une ouvrière, armée d'un petit balai de bruyère, les agite dans l'eau pour trouver et saisir le bout du fil, qu'elle met sur un dévidoir en mouvement. Entraîné par la machine, le filament de soie se développe, tandis que le cocon sautille dans l'eau chaude comme un peloton de laine dont on tirerait le fil. Au centre du cocon épuisé, il reste la chrysalide tuée par le feu. Comme un seul fil ne serait pas assez fort pour la fabrication des tissus, on dévide à la fois plusieurs cocons, de 3 à 15 et même au delà, suivant la solidité des étoffes auxquelles la soie est destinée. C'est ce faisceau de plusieurs brins que les machines de tissage emploient plus tard comme un fil unique.

Intérieur-de-la-filature

Intérieur de la filature Garnier

Filature-Garnier

Note de Nadine : Trans en Provence a été un grand centre industriel avec une très importante filature de soie (dont le bâtiment subsiste) et non une magnanerie comme elle est baptisée à tort par des personnes qui ne sont pas originaires de Trans et qui ne l'ont pas connue en fonctionnement. Une magnanerie n'était destinée exclusivement qu'à l'élevage des vers à soie. Ce n'était pas le cas à Trans, car on y exploitait les cocons qui étaient produits dans le village même, dans les villages des alentours mais qui venaient aussi de l'étranger. La soie qui y était produite partait à Lyon par le train vers les usines de tissage. La gare de Trans avait été inaugurée en 1864. C'était la filature Ricaud qui avait été reprise vers 1880 par Monsieur Garnier de Marseille. La filature Garnier a compté jusqu'à 150 ouvrières. Pour exemple, dans ma famille, ma trisaïeule Philomène, ma biaïeule Thérèse, ainsi que ses filles : ma grand-mère Marie-Louise et sa soeur Irène y ont travaillé. En 1921, la filature changea de main et devint la propriété de Monsieur Sirmakéchian. Les photos de la filature que vous voyez ci-dessus datent de la fin XIX-début XXe siècle. Elles sont reproduites dans le livre : "La soie, de la graine au tissu" d'Yves Fattori, le créateur du Musée des ATP de Draguignan, dont je vous ai déjà parlé.
Imaginez les ouvrières qui travaillaient les mains dans l'eau bouillante toute la journée, la vapeur qui s'en dégageait ainsi que l'odeur des chysalides bouillies qu'elles respiraient. J'ai bien connue Mesdames Joséphine Troin dite Fifi et Emilie Biagini dite Lili (qui étaient de l'âge de ma grand-mère) et qui m'ont raconté leur dur travail à la filature. Madame Troin me montrait ses doigts déformés et me disait : "Tu vois, c'est de toujours avoir eu les mains dans l'eau bouillante que mes doigts se sont tordus ainsi". Il faut dire que les ouvrières commençaient à travailler très jeunes : dès l'âge de 13 ans en sortant de l'école, parfois même avant. Quand des contrôleurs venaient inspecter la filature, bien vite, le contremaître les faisaient cacher pour ne pas qu'elle soient découvertes et que la patron puisse être pénalisé. Je vous parle bien entendu de l'époque d'avant la guerre de 1914. Cette filature a fonctionné jusque dans les années 50.

Devidage

Suite du texte : Quand elle sort des bassines de dévidage, la soie brute du cocon a perdu sa couche gommeuse, dissoute par l'eau bouillante ; mais elle est encore revêtue de son vernis naturel, qui lui donne sa roideur, son élasticité, sa couleur. En cet état, on la nomme soie écrue. Elle est tantôt jaune, tantôt blanche, suivant la couleur des cocons d'où elle provient. Pour devenir apte à recevoir la teinture qui en rehaussera l'éclat et le prix, la soie doit d'abord être dépouillée de ce vernis au moyen d'un léger lessivage à chaud. Elle perd ainsi le quart environ de son poids et devient d'un beau blanc, quelle que soit sa couleur primitive. Après ce traitement d'épuration, elle prend le nom de soie décreusée ou de soie cuite.

Murier

Mûrier à Trans en provence (Photo Nadine)

Le ver à soie et le mûrier qui le nourrit sont originaires de la Chine, où l'on savait déjà tisser la soie vingt-sept siècles avant notre ère. De la Chine, la culture du mûrier et l'éducation des vers pénétrèrent dans les Indes et en Perse. C'est au commencement de l'Empire qu'on vit à Rome, pour la première fois, des étoffes de soie venues de l'Orient. Le prix en était tellement excessif, qu'un décret de l'empereur Tibère défendait aux hommes les vêtements faits avec cette coûteuse matière. L'insensé Héliogabale fut le premier qui, par un luxe effréné, osa se vêtir de soie pure ; jusqu'à lui, on ne s'était permis de l'employer qu'en la mélangeant avec d'autres substances. Longtemps après, l'empereur Aurélien fermait l'oreille aux supplications de sa femme, qui désirait un habillement de soie : "Les dieux me préservent, répondait-il, d'employer de ces étoffes qui s'achètent au poids de l'or".

Ver-a-soie-copie-1

 L'industrie de la soie fut importée en Europe vers le milieu du sixième siècle. En 555, sous le règne de Justinien, deux moines apportèrent des Indes à Constantinople des plants de mûriers, ainsi que des oeufs du précieux ver cachés dans une canne creuse. Ils enseignèrent la manière de faire éclore les oeufs, de nourrir les chenilles, de filer la soie, et bientôt des manufactures s'élevèrent dans plusieurs villes de l'empire grec, notamment à Corinthe, à Thèbes, à Athènes. Cinq cents ans plus tard, la culture du mûrier devint si florissante dans la partie de la Grèce appelée le Péloponèse, que ce pays échangea son antique nom pour celui de l'arbre qui faisait sa richesse, et s'appela morée, du latin morus, signifiant mûrier. Au XIIè siècle, Roger II, roi de Sicile, introduisit l'industrie de la soie à Palerme, d'où elle se propagea en Calabre et dans le reste de l'Italie. Lorsque Philippe le Hardi lui eut fait la cession du comtat Venaissin, qui devait, trente ans plus tard, devenir le siège de la papauté, Grégoire X fit planter des mûriers dans la nouvelle province et venir des ouvriers en soie de la Sicile et de Naples. Bientôt, favorisée par la présence et les encouragements des papes, cette industrie prit un développement qui permit aux soieries d'Avignon de rivaliser avec les plus belles de l'Italie. D'Avignon, la fabrication des soieries se propagea à Nîmes et jusqu'à Lyon.

Magnanerie

En 1554, Henri II rendit un édit pour ordonner la plantation des mûriers ; on dit que ce prince fut le premier qui porta des bas de soie. Henri IV prit beaucoup d'intérêt à la production de la soie dans son royaume ; il fit planter des mûriers à Orléans, à Fontainebleau, à Paris, dans le jardin des Tuileries. Mais c'est principalement sous le ministère de Colbert que cette culture reçut une grande impulsion. Ce grand ministre, qui voyait dans le commerce, l'agriculture et l'industrie les principales sources de la prospérité d'une nation, établit des pépinières royales en diverses provinces, et fit planter, aux frais de l'État, sur les terres des particuliers, les mûriers qui en provenaient. Ce procédé généreux, mais violent et qui portait atteinte à la propriété, déplut aux cultivateurs, qui laissèrent dépérir les arbres. Colbert eut alors recours à un moyen plus efficace et moins arbitraire : il promit et paya vingt-quatre sous par pied de mûrier qui subsisterait trois ans après la plantation. L'appât de ce gain surmonta toutes les difficultés, et la Provence, le Languedoc, le Vivarais, le Dauphiné, le Lyonnais, la Touraine, la Gascogne, se couvrirent de mûriers pour les chambrées de vers à soie.

Auteur : D'après un article de Jean-Henri Fabre (1823-1915) naturaliste et entomologiste.

Filature Usine Garnier-1893

 La filature Garnier en 1893. Mon arrière-grand-mère Thérèse est sur la photo.

Filature-de-soie-dans-les-annees-1920

Le personnel de la filature de Trans en Provence dans les années 20.
Sur cette photo, il y a ma grand-mère Marie-Louise ainsi que sa soeur Irène et d'autres personnes que j'ai connu... Joséphine (Fifi), Emilie (Lili), Marie, Alice, Claire, Rose etc...

 

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22 janvier 2017

Mise à jour de mes albums-photos

Trans-La gare

Bonjour à toutes et tous,

je vous informe que j'ai mis à jour les albums-photos. J'ai téléchargé de nombreuses cartes postales qui, je l'espère, vous intéresseront. J'ai également mis en place un nouvel album-photos intitulé : Auberge du Vieux Moulin.

Bonne découverte à vous.

 

 

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20 janvier 2017

L'hôpital Saint-Jacques de Trans

Hotel-Dieu

Linteau de la porte de l'ancien hôpital portant l'inscription : Hôtel Dieu (photo Nadine)


L'hôpital Saint-Jacques de Trans sur lequel l'hôpital Saint-Jacques d'Aix avait des droits, ce qui indique une relation ancienne entre ces deux établissements, recevait des malades et hébergeait les pauvres passants. Il était situé dans une maison qui touchait à la porte Saint-Roch.
Des piliers, vestiges de cette porte se voient encore sur la façade des maisons numéros 15 et 17 de l'avenue de la Gare.
La maison de l'hôpital était celle qui porte le numéro 11 de la même avenue (voir photo).
L'hôpital Saint-Jacques d'Aix avait été fondé en 1519 par Jacques de Laroque.
Son acte de fondation contient une disposition remarquable : Il y est prescrit d'admettre "tout homme souffrant, quelle que soit sa croyance, etiam diabolus (même le diable)", et d'exclure, du nombre des administrateurs "tout écclésiastique, quelques rang qu'il ait dans l'église, etiam Papa (même la Pape)". Cette disposition est vraiment curieuse pour l'époque (1519) !

Source : Les Archives de Trans en Provence - N°33 janvier 1934 - Jean Barles

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14 janvier 2017

Le débordement de la Nartuby en 1827

 

Saut-capelan

La Nartuby, petite rivière entièrement varoise, de 32 km de longueur, a deux sources différentes qui, à environ 1000 m d'altitude sortent de terrains calcaires. Elles sont distantes, à vol d'oiseau, de 20 km l'une de l'autre. La première, à 1km au levant du château de Vérignon, forme la Nartuby d'Ampus. La seconde, à l'ouest du Blac Meyanne et au nord de Bargemon, engendre la Nartuby de Châteaudouble ou Nantuby.
Les deux minces cours d'eau se réunissent près de la source des Frayères (en provençal
fraièro ou freièro, lieu froid ou eaux froides, les Frayères alimentent Draguignan en eau potable), en amont du hameau de Rebouillon, de nom significatif (où les eaux bouillonnent, s'agitent), et en aval de gorges profondes et sinistres sur le rebord occidental desquelles s'étend le vaste camp préhistorique des Clapouyres que, soit dit incidemment, très peu d'archéologues et de touristes connaissent. Ce camp, pré-romain et gallo-romain, est sans doute le plus grand et le plus caractéristique du département du Var. Il possède, en pierres sèches, des enceintes et des murailles fortifiées de dimensions colossales. Nous ajouterons qu'il est à 605 m d'altitude, que son nom vient de clapo, pierrée, lieu pierreux, caillouteux, et qu'il est voisin des grottes des Chèvres, des Chauves-souris ou en 1926, M. le docteur Le Même, inspecteur de l'assistance publique à Draguignan, découvrit un petit ours fossilisé (ursus speloeus). Ainsi constituée, la Nartuby entre dans la dépression de Draguignan, passant à 1,5 km à l'ouest de cette ville à laquelle elle envoie de sa rive gauche, un canal d'industrie et d'irrigation appelé Pis. Peu après, quelques eaux salées lui arrivent de la source de la Foux (1000 litres/seconde en hiver et au printemps 600 litres à l'étiage). De nouveau, la Nartuby s'engouffre dans des défilés où elle se précipite en cascades d'abord à proximité de Trans puis, au Saut du Capelan (30 m de profondeur), dans le voisinage même de La Motte. Elle se jette enfin dans l'Argens, au bourg du Muy, à une altitude, au-dessus de la mer d'un peu moins de 20 m et avec un débit oscillant, suivant la saison, entre 600 et 1060 litres/seconde. Dans tout son trajet, elle a successivement coulé sur des terrains permiens, triasiques et oolithiques. Son lit, de 15 m de largeur en moyenne, souvent aux trois quarts à sec, la fait ressembler à la plupart des autres rivières méditerranéennes "bonne seulement à sécher le linge" ou, pour user d'un calembour aimé des géographes, "rivières ayant, comme l'université de Salamanque, trois mois de cours et neuf mois de vacances".
Très paisible dans sa modestie, la Nartuby paraît n'avoir jamais eu de colère. Pourtant, le 6 juillet 1827, elle eut un débordement subit et violent, faisant des victimes, qui rappelle, en petit, la terrible crue du Gapeau, le 8 septembre 1651, dans les communes de Signes, Belgentier et Solliès-Pont.

Voici, du triste évènement que provoqua notre rivière, la relation émouvante rédigée par un contemporain, de nom inconnu :
"Le 6 juillet 1827, un orage épouvantable de grêle et d'eau a éclaté sur les communes d'Ampus, de Châteaudouble, de Montferrat et de Tourtour. Ses effets ont été aussi prompts que désastreux. L'eau tombant par les torrents sur un sol de plusieurs lieues carrées entouré de collines. La rivière de Nartuby, les ruisseaux et les ravins qui y affluent ont acquis en peu d'instants un volume prodigieux, et les campagnes inférieures ont aussitôt présenté l'image d'une vaste mer... Nombres de maisons ont été renversées, le toit de plusieurs autres a cédé sous le poids de la grêle.
Les malheureux habitants, sans asile, n'ont sauvé leur vie qu'en montant à la hâte sur des arbres où ils sont restés jusqu'à la retraite des eaux. Dans cette pénible position, ils ont eu la douleur de voir sous leurs yeux leur bétail, leurs meubles, leurs blés entraînés et perdus. L'inondation a envahi les champs récemment moissonnés comme ceux qui étaient à la veille de l'être ; elle a couvert les prairies et les vignes.
D'énormes quartiers de pierre que les eaux roulaient avec violence ont détruit les plantations d'arbres, emporté la terre végétale et n'ont laissé sur leurs traces que la stérilité et la désolation. Le joli hameau de Rebouillon a une lieue de Draguignan a particulièrement reçu des dommages qui seront à jamais irréparables. Un foulon (moulin ou machine à fouler les draps, autrement dit destiné à leur donner un certain apprêt) très utile à la contrée et la maison contiguë ont été complètement détruits ; il n'en est pas resté un seul mur. Il se trouvait dans cette usine une quantité considérable de pièces de draps qui ont disparu avec tous les instruments, les meubles et les bestiaux du propriétaire. Les amateurs d'antiquités regretteront le pont de la Granegone bâti sur la voie aurélienne par les Romains (1), dont on admirait la hardiesse et la légèreté. Ce monument précieux, qui avait résisté à vingt siècles, a été démoli en un instant par l'inconcevable fureur des eaux. Le territoire de Montferrat est celui de tous qui, dans cette circonstance, a souffert les plus vastes et les plus irréparables dégradations... Lorsqu'après le danger personnel passé, (les habitants) ont pu envisager l'immensité de leurs pertes, ... Ils n'ont plus vu que de profonds ravins, des tas de sable et de pierres, là où deux heures auparavant l'oeil satisfait pouvait contempler de riants vergers d'arbres fruitiers et de florissantes prairies.

Ex-voto

Ex-voto réalisé à l'occasion de cette catastrophe (Photo Nadine)

Les communes de Draguignan et de Trans, quoique hors de l'action immédiate du météore orageux n'ont pas éprouvé de moindres dommages dans leurs territoires respectifs. Elles ont eu même le malheur particulier de compter des victimes... Tout à coup apparaît une masse effroyable d'eau traînant avec elle des charpentes, des meubles, des bestiaux ; cette eau, impétueuse enveloppe, enlève tout ce qu'elle rencontre ; les travailleurs ont à peine le temps de se sauver sur les hauteurs, quelques uns grimpent sur les arbres où ils restent jusqu'à la nuit : le torrent dévastateur sape et renverse les murs de clôture, arrache vignes et arbres fruitiers, et sème partout les débris des premières démolitions... Six personnes, cinq hommes et une jeune fille..., ont péri en tentant de sauver leurs gerbes emportées par les eaux. Leurs corps n'ont été retrouvés que le surlendemain de l'orage. Quatre de ces infortunés appartiennent à la commune de Trans, et deux à celle de Draguignan (2). Le nombre des victimes eût été sans doute plus grand, sans la présence d'esprit et le zèle prévoyant d'un habitant de Trans qui, dès la première apparition du danger, monta à cheval et parcouru rapidement les lieux menacés avertissant à grands cris les travailleurs de pourvoir à leur sûreté. L'auteur de cette belle action..., c'est Monsieur Boyer, commerçant en bois... Les dommages des six communes ravagées ont été, au premier aperçu, évaluées en totalité à un million de francs. Mais on se convaincra qu'ils dépassent de beaucoup cette somme si l'on considère le nombre et l'étendue des démolitions, la perte des provisions et des meubles, celle de la présente récolte de grains et de fourrages, celle des bestiaux, etc... et, plus que tout le reste la valeur du sol dont la terre végétale a été emportée jusqu'au roc et dont la remise en culture est au-dessus de tout les efforts de la puissance humaine".
La calamité qui venait ainsi de désoler les bassins supérieurs et moyens de la Nartuby eut des répercussions au sein du conseil municipal de Trans.
"Par délibération du 28 octobre 1827, l'assemblée approuve une dépense de 115,95 frs. pour la réparation du parapet du Pont vieux détruit par l'inondation de la fatale journée du 6 juillet dernier, laquelle reconstruction était commandée par les circonstances les plus impérieuses vu l'urgence et le péril dans le retard".
D'autre part, le 14 mai 1828, à huit heures du matin, le Maire M. Leydet dit au conseil :
"Messieurs, vous avez encore présente à la mémoire la fatale journée du 6 juillet dernier qui détruisit une partie de vos récoltes et qui vit périr, au milieu des flots, quatre personnes de cette commune. Voulant perpétuer le souvenir de cette époque désastreuse et le transmettre à nos neveux et arrière-neveux pour qu'ils aient à se prémunir dans le cas où un pareil désastre viendrait à se reproduire, j'ai fait graver, sur une pierre de marbre, une inscription qui rappelle cette déplorable journée, et les malheurs qui en furent la suite. Elle est placée comme vous savez, à l'angle du mur de la maison Boyer, au pied du Pont vieux et à la hauteur où les eaux de la rivière se sont élevées lors de cette effroyable inondation. La dépense s'élève à la somme de 50 frs. et je vous invite à demander à cet effet à M. le Préfet un crédit additionnel au budget de 1828".
La proposition fut adoptée. Le Maire confirma en ces termes : "Payons, en cette occasion, un tribu de reconnaissance à Mgr l'Evêque de Fréjus (Charles-Alexandre de Richery, né à Allons le 31 juillet 1759, sacré le 20 juillet 1823, ancien chanoine de l'église métropolitaine d'Aix et ex-vicaire général de Sénès) et rendons hommage à ce digne et respectable prélat pour les abondantes consolations qu'il est venu rependre dans cette cité et pour les secours spirituels et temporels qui a fournis aux parents des victimes.
Ont signé a registre des délibérations : Lambert, Blanc, Pellerud, Muraire, Théus, Blanc, Vidal, conseillers ; Leydet, Maire.

Plaque

La plaque commémorative de l'évènement (Photo Nadine)

L'inscription commémorative gravée sur marbre et apposée au pied du Pont-Vieux est ainsi libellée : "Le 6 juillet 1827, les eaux de la rivière se sont élevées jusqu'à cette hauteur, ont inondé une partie du village et englouti une maison avec ses habitants".

Elle a été ensuite déplacée pour figurer aujourd'hui, près du dit pont, sur un portique d'érection récente. Puisse-t-elle, d'après le désir même du brave M. Leydet, Maire de Trans, nous rappeler toujours la soudaine irritation de notre "sèche" Nartuby afin de nous garantir, les cas échéant contre la surprise et la violence de ses autres fureurs !
Auteur : Louis HONORE

(1) La voie aurélienne construite en 242 av JC par les Romains pénétrait dans les Gaules par le littoral méditerranéen, passait au Muy, d'où un embranchement dirigé sur Riez, traversait le territoire de Draguignan par le chemin actuel de Montferrat (ancien chemin de Riez) et le quartier de la Clape.

Acte décès Giraud

Acte de décès de Joseph Giraud époux de Françoise Maurin (Photo Nadine)

(2) Ce furent, à Trans, Joseph Giraud époux de Françoise Maurin, 32 ans, menuisier ; André Blanc, veuf de Justine Guiol, 65 ans, cultivateur ; Marie Blanc, fillette de 11 ans, tous décédés le 6 juillet à quatre heures sur soir et Hilaire Garcin, époux d'Agnès Ferrat, 65 ans, fidalier (fabricant de vermicelles) mort le lendemain à 11 heures du matin. A Draguignan, Adélaïde Giraud, 26 ans, journalière, née et domiciliée à Montferrat fille de Victor Giraud, cultivateur domicilié à Montferrat de de Marguerite Brunet, décédée le 6 juillet à quatre heures du soir, et Joseph-Emmanuel Christophe Reboul, 46 ans, ménager époux de Blanche Bonnet, né et domicilé à Draguignan  fils de feu Honoré Reboul, propriétaire cultivateur domicilié à Draguignan et de feue Thérèse Blanc, décédé le même jour à six heures de l'après-midi.

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