Le village de Trans est très bien bâti. La Nartubie (de nos jours, l'orthographe est Nartuby) baigne ses murs. Cette rivière vient quelquefois si grosse, qu'elle inonde les rues et menace d'entraîner les habitations (voir mon article sur l'inondation de 1827 : cliquez ICI). Les eaux passent habituellement sous trois ponts peu distants les uns des autres, et se précipitent dans un gouffre profond, formé par d'énormes rochers de tuf (ce sont : le pont Bertrand, le Pont-Vieux et le Grand pont, le pont de la Motte n'a été érigé qu'à la fin du XIXe siècle). Les belles cascades de Trans, quoique au bord de la route, sont presque ignorées, parce qu'elles n'ont pas eu un Vernet pour les peindre, ni un Pétrarque pour les chanter. Cependant, elles sont dignes du pinceau de l'un et de la plume de l'autre.

Bords de la Nartuby

Le climat de Trans est tempéré et l'air très sain. Il y avait autrefois dans le pays des moulins à foulon*, une belle filature pour la soie, et une fabrique d'organsin**, la première qui ait été connue en Provence. On n'y voit plus aujourd'hui qu'une filature à soie, des moulins à huile et à farine, un tournant*** (tournaou en provençal) qui servait aux taillandiers**** du pays, des scieries à planches, et une scierie à marbre qui vient d'être convertie en scierie à bois pour plaquage et marquetterie, qui doit fournir à tous les ébénistes de la Provence. On est étonné que le commerce de Draguignan n'ait pas encore songé à établir dans ce village une papeterie et même une filature pour le coton ; car, quoique Trans soit une commune particulière, il peut être considéré comme un faubourg du chef-lieu. Ces deux établissements augmenteraient l'habitation d'un tiers, et procureraient une nouvelle aisance qui n'est point à dédaigner. La plaine de Trans est fertilisée par les eaux de la Foux de Draguignan qui nourrit de bonnes truites ; celles du ruisseau de Vallauris sont favorables aux écrevisses (les écrevisses ont hélas disparu de nos jours). Le territoire produit du blé, du vin, des légumes, du chanvre, des plantes potagères et surtout de l'huile d'olive. Il y a de belles pépinières de toutes sortes d'arbres fruitiers et d'agrément. Le pays est renommé pour sa bonne clarette, sorte de vin blanc très agréable au goût, mais un peu capiteux (j'en ai parlé dans mon article sur Marius Lambert, cliquez ICI). On y fabriquait de l'excellent ratafia, qui était recherché dans les environs. Les distillateurs sont trop riches aujourd'hui pour continuer une industrie à laquelle ils doivent leur fortune. Population : 1300 habitants.

        Notes de Nadine : 

- Je vous rappelle que ce texte a été écrit en 1835. - Ce qui est entre parenthèses dans le texte a été rajouté par moi-même ainsi que les renseignements que je donne ci-dessous pour une meilleure compréhension de cet article. 

* Tournaou : L'eau de la rivière servait à actionner une meule solidaire d'une roue à aubes, qui servait à émoudre et affûter les outils. Le tournaou est un élément rare de l'organisation sociale d'une commune.

** Organsin : Fil formé de deux fils de soie grège tordus séparément dans un sens puis ensemble en sens inverse et destiné à servir de fil de chaîne.     

*** La solidité du drap de laine est obtenue par le foulage qui lui donne sa texture consistante. L’étoffe tissée, peignée, est soumise à la pression mécanique de pilons et arrosée d’une solution alcaline dans des auges. Autrefois le foulage était réalisé dans des moulins à foulons sur les rivières parce qu'il exigeait une grande force motrice.     

**** Taillandiers : Forgerons qui fabriquaient et réparaient les outils agricoles tels que bêches, sarcloirs, râteaux, faucilles, haches, etc...