Vallee-de-la-Nartuby

Un recensement effectué en 1765 en Provence, avait dénombré pour Trans 1066 habitants. Par la suite, cette population augmenta jusqu'à environ 1200 habitants au moment de la Révolution. Tout les gens habitaient en grosse majorité dans le village. Très rares étaient ceux qui demeuraient de façon permanente à la campagne dans des bastides. L'agglomération avait des dimensions plus réduites qu'à l'heure actuelle puisqu'elle ne se composait que de 196 maisons. Cependant, elle venait de connaître au cours des années précédentes des transformations très importantes qui lui avaient déjà donné les grandes lignes de sa physionomie actuelle car jusque vers 1765, Trans avait conservé son aspect moyenâgeux. En effet, de grands travaux avaient été entrepris. L'un des plus importants fut la démolition des portes de la ville ainsi que la construction du nouveau pont de la route de Draguignan. Jusque là, Trans était fermé par des portes à ses deux extrémités. La "Porte de Saint-Roch" située au niveau des maisons qui se font face aux numéros 15 et 8 de l'avenue de la Gare et la "Porte de Notre-Dame" qui était située au-devant du 51 de la rue Nationale.

Avenue de la Gare (carte colorisée)

Carte postale de l'avenue de la Gare prise exactement à l'endroit où se situait la porte de Saint-Roch avec les maisons qui se font face aux numéros 8 et 15 de cette avenue. Tout à côté de la porte sur la gauche était l'Hôpital Saint-Jacques ou Hôtel Dieu. Voir mon article à son sujet :  

     http://www.nullepartailleurs.biz/article-l-hopitale-saint-jacques-ou-l-ancien-hotel-dieu-69710521.html  

     Au-delà des portes, d'un côté comme de l'autre de celles-ci, c'était la campagne. Ces portes avaient été construites à la fin du XVIe siècle, non pas dans un but de défense militaire mais simplement pour interdire l'accès du pays dans les cas hélas fréquents d'épidémie de peste. Elles empêchaient l'extension du village et comme de surcroît elles tombaient en ruine, l'administration communale les fit démolir entre 1770 et 1775 (Nota de Nadine : La porte de Notre-Dame fut démolie en 1770 et celle de Saint-Roch en 1775). Quelques années plus tard, entre 1778 et 1779, la construction du nouveau pont de Draguignan et la modification du tracé de la route élargirent encore les possibilités de développement de notre village, car jusqu'alors Trans ne comptait qu'un seul pont le "Pont Vieux" ou "Pont de saint-Roch" qui était étroit et en mauvais état.

Les trois ponts à l'intérieur du village : le Pont Vieux ou ou Pont de Saint-Roch ou encore Pont du Milieu, nous disons maintenant aussi Pont de la Pharmacie.

Vieux-Pont-sur-la-Nartuby

Grand Pont

Le Pont Neuf ou Pont de Draguignan.  

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Le Pont Bertrand ou Pont de la Calade.  

Nota de Nadine : L'autre pont, le "Pont Bertrand" (du nom des constructeurs, les frères Bertrand) ne sera réalisé qu'en l'an X de la République. Emporté par une grande inondation peu après sa construction, il sera reconstruit à grands frais en l'an XI. "Le pont est d'une utilité particulière à tous les habitants de Trans pour l'exploitation de leurs terres qui sont au-delà de la rivière, pour l'usage de trois moulins à huile et un moulin à ressence qui sont attenants au moulin à farine".

Hotel-de-ville-facade

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L'Hôtel de ville et différents détails de sa façade classée (fronton, cadran solaire et fresques des côtés)  

A la même époque un autre bel ouvrage fut réalisé qui allait embellir considérablement le village : l'Hôtel de ville et par voie de conséquence l'agrandissement de la place qui est au-devant de celui-ci. Il faut dire que là où s'élèvent actuellement l'Hôtel de ville et le quartier de Villeneuve y attenant, les seigneurs de Trans avaient fait construire au cours du XIVe siècle, un château-fort dont le quartier et les jardins du Bachas constituaient le fossé alors rempli d'eau. Cet édifice fut détruit en 1579 au cours des guerres de Religion. Mais des ruines subsistaient encore au XVIIIe siècle. Ces ruines n'étaient qu'un amas de décombres et de pans de murs sur lesquels se détachait une grosse tour ronde qui était une des tours d'angle du château : la Bestore. Tant bien que mal réparée aux siècles précédents elle ne sera démolie qu'en 1844. Au devant des ruines en question, se trouvait une petite place qui est l'ancêtre de notre place de l'Hôtel de ville et qu'on appelait la "Place du Portail" ou "du Postel" en souvenir de la Grand porte du château féodal. Sur cette petite place s'élevait "l'Auditoire de justice", justice exercée par les seigneurs successifs (famille de Villeneuve originaire de Catalogne).

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La place de la Mairie ou de l'Hôtel de ville  

 Jusqu'alors, l'Hôtel de ville était installé depuis toujours à côté de l'église dans la maison qui porte le numéro 5 de la rue de la Motte. C'est là qu'avait été placé au XVe siècle la "Maison du Saint-Esprit" (à l'époque c'était le nom de l'Hôtel de ville). Cette maison était vieille, incommode, délabrée et depuis longtemps la Municipalité cherchait mieux. En 1777, le seigneur lui offrit un partie de l'emplacement de son ancien château et c'est donc là qu'entre 1777 et 1779 que fut construit le ravissant petit édifice qui est notre Hôtel de ville (Nota de Nadine : la jolie façade de l'Hôtel de ville est inscrite à l'inventaire des Monuments historiques depuis le (6.11.1949). Un autre vestige du passé avait également disparu : le cimetière. Lors de la visite paroissiale de l'Evêque de Fréjus le 23 avril 1743, ce dernier avait interdit d'enterrer dans le cimetière si la communauté n'en faisait pas un plus grand et plus commode. Le cimetière était placé à côté de l'église suivant l'usage (à l'emplacement de la petite nef qui y sera construite suite à son transfert en 1769-1770) et les habitants se plaignaient qu'il dégageait des miasmes pestilentiels, que les odeurs les incommodaient et que les chiens y dévaguaient (Nota de Nadine : je pense que le cimetière devait s'étendre tout autour de l'église et non se cantonner sur le côté, parce que ma mère m'a raconté que quand le ruisseau de la rue de la Motte a été fait en 1948-1950, les ouvriers avaient trouvé des ossements sous le pavage en galets qui longeait l'église). Cependant, la sentence de l'Evêque ne fut pas exécutée tout de suite si bien que les trois caveaux qui se trouvent dans l'église (caveau du Rosaire, de Saint Antoine et de Saint Sébastien) furent pleins et qu'au lieu d'enterrer les morts séparemment, l'enterremort (sic) fut obligé de placer les cadavres sur ceux qui étaient nouvellement enterrés (Cf Série DD13 Archives communales de Trans détenues aux Archives départementales du Var à Draguignan). C'est enfin en 1767 que la municipalité se décida à transférer le cimetière. Pour cela, elle acheta un terrain situé à l'extrémité du Grand Jardin du Bachas dit Jardin de Chaix, à Joseph Guiol, tisserand de son état pour le prix de 300 livres y compris le bâtiment (ce que nous appelons aujourd'hui la chapelle) et les arbres fruitiers qui s'y trouvaient. C'est le 12 décembre 1767 que le cimetière entra en service. En 1846, la municipalité acheta un autre jardin y attenant pour l'agrandir à nouveau car la population avait augmenté (il s'agit de la partie qui est située derrière).

Intérieur de l'église de Trans

Facade-laterale-de-l-eglise

La petite neuf de l'église avec le clocher et à droite la citerne d'eau potable (qui n'existe plus de nos jours car les robinets dans les maisons on remplacé la pompe à bras)  

       Suite à la construction de la petite nef de l'église paroissiale ce travail fut complété dans les années suivantes par l'édification du clocher et en 1774 par la construction de la fontaine (Nota de Nadine : la fontaine est inscrite à l'inventaire des Monuments historiques depuis le 24.2.1926).  

     En 1789, toutes ces transformations étaient terminées et Trans ressemblait déjà à ce qu'il est aujourd'hui mais il était beaucoup moins étendu. Dans la direction de Draguignan, la commune s'arrêtait aux environs de l'endroit où se trouvait auparavant la "Porte Saint-Roch". On avait à peine commencé à construire au-delà. La chapelle Saint-Roch existait cependant car elle avait remplacée en 1680 une autre chapelle portant le nom du saint, édifiée au XVIe siècle et qui se trouvait légèrement en avant de la chapelle actuelle. C'est le XIXe siècle qui verra se développer le quartier de Saint-Roch et l'avenue de la Gare.

Quartier-Saint-Roch

Le quartier de Saint Roch avec sur la droite la chapelle portant son nom et en face une usine de contre-plaqué et une scierie appartenant à un riche industriel transian, Fournial.  

       Dans la direction des Arcs, c'était aussi à l'emplacement de l'ancienne "Porte Notre-Dame" que cessaient les maisons. Au-delà existait une filature de soie dans l'immeuble qui porte le numéro 55 de la rue Nationale. Elle avait été créée en 1730 par le négociant Charles Ricaud venu de Barcelonnette et elle était la première filature de toute la Provence (Nota de Nadine : Les descendants de Charles Ricaud habitent toujours à Trans, il s'agit de la famille Reynier). Encore au-delà, dans la campagne, existait aussi la chapelle Notre-Dame qui avait été édifiée à l'occasion d'un voeu fait par un membre de la famille de Villeneuve, chevalier de l'Ordre de Malte, ayant failli faire naufrage sur les côtes de la Méditerranée. L'agglomération n'avait pas encore d'autre issue car le pont de la Motte n'existait pas encore, il ne sera construit qu'en 1892.  

La-place-du-Chateau

     La place du Château avec tout à gauche, un des montants du portail d'entrée puis le corps principal du bâtiment. D'autres bâtiments situés sur le côté droit du château ainsi que les murs de certains jardins, la maison du vacher, etc... existent toujours. Tout cela faisait partie du château et de son très vaste parc. Mais le développement de l'agglomération était également limité par le château du  marquis Louis-Henri de Villeneuve et par son parc. Il ne s'agit plus du vieux château féodal mais de l'habitation construite au milieu du XVIIIe siècle et dont la plupart des bâtiments susbistent de nos jours. C'était une résidence d'agrément dont l'entrée était constituée par ce que nous appelons la place du château dont on voit encore un montant du portail sur le côté gauche de l'entrée de la place. Ce château était agrémenté d'un vaste parc (transformé en parking depuis quelques années) limité par la rue Nationale, la montée du Cassivet, l'Hermitage, la montée de la Côte, l'avenue de la Gare et enfin par les maisons du village. Le dernier marquis de Trans avait apporté beaucoup de soin à l'aménagement de ce parc, dont certaines parties ont conservé leurs noms : rue du Parterre et montée de l'Hermitage par exemple. Le château et son parc occupaient donc une surface importante et il faudra la Révolution pour permettre avec la vente des biens nationaux, une extension de l'agglomération dans cette partie du village. En 1789 comme aujourd'hui d'ailleurs c'était la route qui formait l'artère principale de Trans. Dans la langage administratif de l'époque cette route portait le nom de "chemin de province de Première Classe". A cette époque, il y avait déjà une circulation importante qui traversait le village. "Sur ce chemin, écrivent les administrateurs de la Communauté en 1777, passent toutes les denrées de la montagne destinées pour le pays bas (c'est-à-dire en descendant vers la côte) et les huiles de toute la viguerie* (voir explication à la fin) de Draguignan". Il faut ajouter que la chaussée de cette rue était souvent en mauvais état et inondée en plusieurs endroits par l'eau des canaux et qu'elle était rétrécie par les nombreux escaliers extérieurs des maisons. En dehors de cette rue principale la plupart des autres petites rues existaient déjà portant des noms qui subsistent comme la rue des Safraniers, du Bachas, de la Placette et d'autres qui ont disparu telles que la rue du Four ou celle de la Cacadouire... Elles étaient encombrées et ampuanties par la fâcheuse habitude qui consistait à "apailler" la chaussée et à y jeter des ordures pour faire du fumier. Tel était Trans en 1789 à la veille de la Révolution.  

       Source : D'après le livre "Trans en Provence" de Guillaume Barles et d'après mes propres recherches dans les archives communales de Trans.  

       *Une viguerie ou vicaria est une juridiction administrative médiévale dans le Sud de la France. Elle tient son nom de celui du lieu où elle était rendue, le vicus, c'est-à-dire le bourg, d'une certaine importance, sans être obligatoirement pour autant un chef-lieu de cité. Apparue à l'époque carolingienne, la viguerie est au départ le siège d'une juridiction civile et criminelle rendue au nom du comte ou du vicomte. Cependant, avec le déclin du pouvoir local et l'accroissement du pouvoir des juridictions royales, la viguerie est devenue la juridiction la plus petite, ne connaissant plus de la haute justice pour ne s'occuper que des affaires courantes. Elle est administrée par un viguier, c'est-à-dire un juge dont les compétences varient, selon les régions et les époques, du juge de cour d'assises à celui de juge de paix rural. Les vigueries ont disparu en grande majorité sous Louis XV en 1749, suite à un édit supprimant les petites juridictions. Cependant, dans plusieurs régions comme en Provence, elles ont survécu jusqu'à la Révolution.  

       Source : Wikipédia l'encyclopédie libre.

Place-des-Moulins

Carte postale colorisée, vue aérienne de la place des Moulins. 

On voit le pont Bertrand, le pont Vieux, la Nartuby et ses cascades.  A gauche, l'Hôtel de ville, à droite, le moulin à huile communal (actuelle médiathèque), l'Auberge du Vieux Moulin aménagée dans sa grotte millénaire. En face, des moulins à huile (aujourd'hui résidence des Cascades).  

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